été – à l’autre

j’aimais. j’aimais plus que tout. t’écrire. sans but autre que n’être que cette main gauche. heures, jours, nuits, confondus ou sortis d’eux-mêmes, extraits des gestes et tâches. hors. hors alors que je me fondais littéralement. m’oubliais. mais salutaire, se perdre et se trouver en se perdant. et rire. rire dans la joie nue. franche. simple être. dégagée. dans le mouvement qui lave comme l’eau. dans un glissement d’encre, seulement. détachée. m’oubliais.

un jour tu as changé d’adresse et. un jour je n’avais plus ton adresse. c’était comme perdre la mienne, ne gagner que le doute. m’en remettre qu’à ce doute. et j’en suis toujours là. adresse perdue. j’en suis toujours au papier blanc, lisse. fraîs. j’en suis toujours au pointe feutre qui chuchote. j’en suis toujours à penser vers toi. à écrire des pages sans adresse sans but sans toi. à perdre mon adresse, lieu, état. capacité. espace. flot. et je reste dans ce geste. à lui fidèle. à lui, juste. des pages où court ma main pour me rattrapper d’un été à l’autre, en traversant les blancs d’hiver, les froidures, les solitudes, comme autrefois mes mots traversaient l’océan avec le cachet de la poste. avec des histoires de rien, des mots qui rêvaient de te parler toute la nuit (je regardais les avions lever le ciel vers…) je regarde les avions lever un ciel en n’emportant plus jamais ma main.

heures, jours, nuits confondues, ma main suspend de toutes petites lanternes entre ses mots, de chemins en chemin, cherchant sa demeure ou comme si le livre que forment toutes ces pages manuscrites pouvait l’abriter.


autour du manuscrit « l’entre jour » / inédit

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été

©Catrine Godin 2016

 

 

vert été que j’aspire et mange des yeux,

vert où poser la main, où la joue descend,

petit velours vivant, coussin poussé

où coucher ma tête mon corps et rêver

d’iris de myosotis de fraîches fougères

en scrutant au loin des bancs de nuages

glissant comme des raies au ventre blanc.

 

je rêve d’un été grand comme la mer

 

 

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dans le presqu’été 

nous nous serons recueillis au bord des corps comme s’ils étaient un dernier feu, nous aurons entouré les cendres de chants, d’homélies, de prières, de mots secrets ; les petites flammes de nos cierges éclairaient-elles assez leurs ascensions. une fois cent ans et une rose blanche puis une seconde fois cent ans de vie, une seconde rose. nos fronts descendaient si bas qu’ils frôlaient la terre noire où dorment des milliers de fois mille corps comme autant de fleurs aux printemps. qu’entendions-nous avec nos coeurs trop gros, enflés de pleurs, d’amour surtout. 

ensemble, nous nous serons penchés et avec nos pauvres mains, celles avec lesquelles nous avons partagé le chagrin et la compassion, l’amour le plus simple, nous aurons pris la terre, tendrement, à peine une poignée, et couché en elle le berceau et la racine. notre berceau, notre racine. deux fois la neige sur les fleurs blanches. deux fois l’éclaircie. un doigt de soleil tombant au juste moment de l’adieu. 

tous ensemble nous nous sommes sentis seuls, aussi seuls que nous étions assemblés. si seuls qu’il nous aura fallut toutes nos mains toucher, nos corps vifs serrer, nos yeux ouverts sur nos souvenirs, pour nous rappeler que l’hiver meurt, que le printemps passe, que l’été viendra avec sa chaleur comme nos coeurs battent vivants, comme les enfants rient dans le presqu’été. et nous nous serons souris au-dessus des larmes avec cette vaillance rare et généreuse de vouloir la force pour l’autre. la douceur, aussi.

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Les presques

Connaissez-vous les presques ? 

Les presques sont les pas-tout-à-fait, les à-un-cheveu, les qui-s’y-risquerait-mais, les au-dernier-moment-paf, les actes-manqués, les au-bord-de. Ce sont aussi les (re)douteurs, les «presques certains de ne pas être sûrs». Ils font tous partie de la même tribu, la tribu non attribuée, n’ayant ni nom ni case, ni numéro ni code, qu’on ne remarque ni ne voit. Les presques apparaissent rarement — à moins d’être archi presques. Pourtant ils embarrassent … Presque.

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défaire des/faires

à force. avec autant de soubresauts que d’efforts, volte-faces et impatiences, rebiffades, rebours. avec des intransigeances transigées. comme si je négociais quelques traités avec l’absence. le silence

le silence, à force, descend, écoute en deça, pas le mot ni l’idée non plus que les images furtives qui s’évadent dès que perçues, presque arrêtées. saisies floues. non, dessous. une fréquence ou dix, des ondoiements, mouvements du sang, forts et pourtant ténus comme un changement de teinte dans un ciel. lequel ciel. se charge et se décharge. de sens. s’en défait et en refait. comme la mer fait des vagues.

j’écoute avec lui. nous lui cherchons sa lune.

 

 

 

 

à force. à force de ne pas écrire, d’écrire volontairement mal, mal à casser des étoiles, volontairement comme s’évite le littéraire, parce qu’une langue se cherche et se choisit dans l’effacement des plis et pliures, dans le délestage, reliant lavé poncé, outre et passé, en recherche de justesse, et comme défaire l’ordre et l’inculqué, défaire les mains jusqu’à leur fond, parce que la bienpensance est laide, parce que la langue que j’utilise n’est pas la mienne, parce que la rectitude me fait un touché rectal, parce que les mots écrits sont ceux des autres et qu’ils me dépossèdent comme on désosse. j’absente le je du je. le dire :

je. descendre dans le silence descendant comme dans la mer. m’entoure. un vaste bain de phosphorescences sonores.

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