2) les automnales (entre-musique)

… Préambule

Les automnales (entre-musique) sont le souffle avant coureur du livret intitulé Livre des ravages, et se trouve dans la chute même de Musique atonale.

Liées sans l’être vraiment, ces petites suites dessinent à leurs manières les brins d’un même fil, comme il arrive dans la vie que certains mouvements en appellent d’autres, ou que d’un geste découle toute une série d’imprévus. Y avait-il un certain emballement ? Je ne saurais répondre. Je me souviens néanmoins que l’allant était sûr, marqué d’une sorte d’inévitable. Il me fallait avancer, et résolument, entrer dans «la forêt» comme revenir au vivant réel (Musique atonale), jusqu’à rencontrer sa nature et celle qui est tue, des branches de mémoires qui se dénudent laissant apercevoir les aspects qui y «habitent» (Les automnales), puis jusqu’à se perdre presque tout en retrouvant le chemin «de la maison» (Livre des ravages). La maison représente la créativité, le moment jaillissant du geste vivant – le souffle véritablement respiré autant que l’élan créatif -, l’expression exprimée – sortie de – du même souffle, tournant et retournant (les textes ou les vers, mais aussi comme je le fais quand je peins, tournant et retournant le papier, travaillant l’image à l’endroit et à l’envers), générant sans cesse d’autres images et autant de façons de voir le monde, de vibrer le monde ; autant de façons de mourir à lui (et à soi), et de reprendre vie à lui (et à soi), transfigurant ainsi le mouvement de mort – l’expiration – et le mouvement de vie – l’aspiration-, et les inversant tout-à-fait : l’expiration devenant une forme vivante d’expression quand l’inspiration (le garder pour soi, le taire, le retenu) est une forme de mort.

Voici donc rassemblés et dans l’ordre Les automnales (entre-musique), second fil de cette corde d’écriture, que la parenthèse situe entre deux mondes, entre deux résonances distinctes, faisant un pont, ou figure de poignet, entre la mort et la vie, la forêt que [je] porte en lui et la forêt exprimée dans le monde-forêt.

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Les automnales (entre-musique)

est-il encore
ce refuge

large balancement de cimes
entrelacs
frondaisons
et l’appel des écorces
ce qu’un métal démembre
bientôt le lièvre sera blanc
ou mort
j’attends le ravage des cerfs
*
recommence
ta forêt recommence
d’abord tu planteras son espace
comme mille fois le corps de ton corps d’espace
plante ton regard

il faut penser que les heures ne poussent
ni ne sonnent encore
et qu’elles ne sont que ces grappes
qui contraignent plus le fruit que le ciel
*
signe avec ta bouche
dans l’espacement d’ouvrir tous les bras de mer
les mains pleines de sang et de miel
les yeux plongent
ce prolongement de gestes que tu sèmes
comme mille fois l’espace dans le corps de ton corps
et le rêve que tu n’as pas encore fait

tous les corps d’arbres et de naufrages s’accordent
aux mouvements de glisse où d’espacement en espace de corps
tu ouvres
leurs sols cachés et entre eux
parlent pour que tu assois l’idée et la remettes sous le soc
des plantées longues de pierres comme des maisons
du quartz en ruisseaux colorés
juste au milieu de tes poitrines
où tu caches
des mains d’enfances où
il n’y avait jamais assez
d’heures à jouer
de confiture pour ton sourire
*
signe avec tes yeux
les paumes vertes ce mouvement
se rouvre et referme le mal dans l’escarre
mais surtout les yeux passent au travers
comme d’une saignée hagarde en robe à fleurs
transparente dans la mer d’arbres
ne pense pas
l’heure ou l’autre ni rien

non rien que le mouvement que tu commences vif
à recommencer ta forêt recommence
signe ta forêt
recommence
signe avec tes lèvres
*
ajouré pareillement l’anse un poignet de lente lumière
à s’ouvrir tendre une veine où rien ne fuit ni d’ombre
ce silence dont nul ne revient sans revenir
l’entrée de la source
d’âme l’arbre
autrefois il y avait ces décombres tu en parles toujours humide des bris
chaque minute tu embrassais la cité son métal et la mort t’attend encore
ramages
futaies mauves entre tes grands bois moirés
des sèves et des ors
dans parfaitement parfaire l’élan
des écorces jusqu’à
s’enlacer vers
et cette transparence
*
des sons ruissellent sous
les fagots d’enfances
nous préparons des feux
chaque branche promet l’embrassement
*
longe une sente étroite et haute
entre
chaque heure
sur ta peau
les épines
lisent le futur
*
comme les minutes griffent ta poitrine
leurs minuscules dents
attisent mon désir
*
assise dans l’écorce
l’humide parfum des rousseurs
me fume
la buée
j’aspire
je ne peux qu’aspirer
*
un méandre de fusain
la brume déchire
les glissements
chuintent
bronzes et cuivres doux
dentelures dont le sol crépite
invisible
*
des échos le métal très loin un miroitement de verre
un peu plus de silence
dessine
ta main
sur un chêne
te semble irréelle
la part de toi qui court et
hurle
la pente abrupte
la montagne
regarde
tes yeux de loup
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note aux yeux passants : certains passages ont été modifiés aussi bien sur les pages anciennes (2009-année de ces trois suites) des Trajectoires vers l’incertain, que dans cette présentation, pour la raison qu’un projet d’écriture était en réalisation pour l’année 2012, projet achevé et publié depuis.
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Un commentaire pour 2) les automnales (entre-musique)

  1. catrin dit :

    mise en page défaite volontairement – mise en attente.

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