la poésie contemporaine…

  image © François Corvol

yo bro, ils disent que la poésie contemporaine est morte. la poésie est morte ! vive la poésie ! elle emmerde, la poésie. « fuck you, bastard, fuck you and shut up ! fourre toi le dans l’cul, mon vieux, ferme ta gueule au lieu de dire des âneries grosses comme la tour Eiffel ! je te l’enfonce ta tour Eiffel ! » dit-elle à qui aurait la tête dans le cul. (excusez-la, poésie a des humeurs…) (et mille pardons, le contexte de la première affirmation, soit la poésie contemporaine est morte était…euh… français..)

ils disent que le slam et le rap sont ses enfants, ceux-là mêmes qui la dévoreraient (dans son cercueil), comme quoi manger sa mère s’avère amer sinon douteux, bonjour l’haleine. mais slam et rap, qu’on se le dise, ne sont pas ses enfants. non plus que ce qui la remplace, ou termine, ou extermine. mais on pourrait dire des dérivés.. c’qui glisse ou s’échappe dans le courant d’une époque (ou rivière temporelle), des tentatives, un peu comme un troisième bras poussé tout à coup, sorti prendre l’air du souère, se faire vouère sous les néons flasheurs de certaines urbanitudes… ho pardon, il faut dire souAreu et vouAreu..

ce n’est pas la poésie qui meurt (ou serait morte), mais bien plutôt une manière de l’écrire, de la lire, de l’entendre et de la vivre qui se transforme. aussi nous faut-il donner le temps au temps et surtout apprendre à laisser les cadavres pourrir — leur donner ce temps de pourrissement, de désagrégation — je veux dire que les poètes passés sont passés et qu’on aura beau se prendre pour des éléphants passant au cimetière pour caresser les vieux os, aucun procédé de réa ne peut s’opérer là. ha ! les vieux poètes ! qui ne s’est pas dit : «j’aurais voulu être Rimbaud et écrire blablabla» en s’imaginant déjà… célèbre ? héhé c’est trop bête ! dis-toi ça dans l’blanc des yeux, coco, lui il n’y pensait pas du tout, et vois-tu, c’est parce qu’il était libre de cette pensée sotte et égoïstique qu’il a écrit des choses aussi étonnantes et belles. donc, que faut-il en déduire, que faut-il en comprendre sinon que l’homme vivant sa vie d’homme était tellement dedans « sa rude et crue vivance » qu’il en donna sa chair au verbe! (mais toi à quoi donnes-tu ta chair…?)

il y a plusieurs années je te disais que j’attendais une nouvelle langue — je ne parle pas de l’argo des faubourgs parigots, ni du patois, ni du slang, ni du sfranc, ni du skebe d’ailleurs —, et incidemment une nouvelle poétique. je pensais et de manière tout à fait intuitive à une langue « réintégrée » dans le sens où s’endormant ou s’étant faite assomée par/dans les vacarmes du siècle, la langue se réveillerait (dans sa bouche poétique) (comme on reprend ses esprits après un choc) pour se rendre à elle-même, complète et entière, dans ses couleurs et nuances, et dans ce qui s’apparente à un olisme, les os et les chairs de ses [tout]s historiques — et au diable la robe dont poésie n’a nul besoin.

que certains soient aveuglés par les festins macabres des médias, la boulimie sensationnaliste, la surstimulation, le gros trip de médias sociaux qui t’saturent le mental de bruits visuels, est bien compréhensible, que d’autres se sclérosent dans une nostalgie passéiste parce que celle-ci est la seule empreinte littéraire qu’ils aient reçue, je peux l’admettre et le concevoir aussi. sauf que fermer le couvercle du sarcophage sur le corps palpitant et chaud de poésie, ça non ! pas question ! seulement voilà, rien ni personne ne peut retirer les oeillères aux oeillets.. euh… je veux dire … aux yeux de qui ne voit, le nez sur l’arbre, toute la forêt (répété-je) car dans la forêt gigantissime des signes des écritures et de l’écrire (oui, oui, j’maintiens), croît une essence nouvelle.. et à peine répertoriée, car ce qui occupe le monde et sa pensée (globale) n’est autre que sa propre extinction : «voyons, mourir est si urgent ! qui se préoccuperait d’une toute petite chose à peine plus formée qu’un foetus ? avortons-la sur le champ ! qu’on se débarasse de cette empêcheuse de tourner en rond ! ha ! vivement mourir !»

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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Un commentaire pour la poésie contemporaine…

  1. 4ine dit :

    de la poésie contemporaine (encore) :

    jamais une époque n’aura autant écrit et publié de poésie. jamais. mais notre regard (toujours collé sur l’écorce du seul arbre de notre vision cachant toujours toute la forêt de ce qui est) ne perçoit que l’ici maintenant alors qu’il faut se rappeler ce qu’était la poésie avant l’invention de l’imprimerie et compter cela depuis 5000 a.c. jusqu’à Gutenberg ! puis regarder ce que l’invention de celui-ci transforma — l’imprimé transportable partout où l’on va. puis encore le mid-1800 et les années 1900 jusqu’à maintenant. pléthore de grands noms et de grandes voix pour éclairer quelques instants et comme des flambeaux dans la nuit du monde nos yeux envahis d’obscurités !

    dans l’ici maintenant très précis de nos écrires et de nos écritures, l’e-book est au livre ce que l’imprimerie de Gutenberg fut aux pages recopiées à la main. hors si le livre papier est de moins en moins « à la mode », acheté, obtenu et tenu, sans doute le recueil de poèmes est-il en voie de changer bel et bien de format ; le numérique ne coupe pas d’arbre, il offre des libertés que certains éditeurs n’ont pas quant à la mise en page, quant au nombre de page d’un ouvrage, quant aux subventions aussi. les web-revues pullulent, elles circulent en calaméo, pdf, et autres formes qui permettent à tous de les consulter de manière plus ou moins libre ou gratuite, et ceci dans un esprit de démocratisation de l’écriture et de lecture (et démocratisation quoi qu’on en dise) rendant le lire d’autant plus facile, facile au sens d’élargissement des accès à la littérature. et ceci n’empêchant pas d’aimer l’objet qu’est le livre ou de le privilégier si telle est la valeur accordée pour/par vous audit objet littéraire.

    la manière d’écrire change, le format des livres et recueils change, la langue change. et tout cela est très bien ! tout cela est nécessaire. l’adaptation est nécessaire. et en toute conscience, peut-on dans une époque « écologique » qui veut sauver ses forêts envisager de continuer à les couper pour lire des livres de papier ? jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’arbres du tout ? pour faire de la Terre entière une île de Pâques perdue dans le cosmos et dont les visages de marbre guetteraient un eden oublié, quels dieux … numériques ?

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