où la pluie ouvre une parenthèse / juin IV

dans l’écrire aqueux et vertical de la pluie — car la pluie couvre de ses signes et son chant tout espace où elle chute — s’ouvre dans ce juin grisaille une acalmie que je dis parenthèse. l’air chargé passant par les fenêtres n’amène alors aucun silence ni aucune quiétude : les voisins sont sortis. ces voisins sont de ces êtres incapables de silence autant que de solitude. dès qu’ils le peuvent ils solicitent d’autres voisins, installent des chaises, ouvrent des bières, houspillent, crient, rient, gueulent, s’invectivent, toussent, renifflent, se râclent la gorge et crachent bruyamment, jurent aux deux mots, zigonnent leurs chars et la mécanique, boutent le son de la radio « dans le tapis », engueulent leurs chiens pitbull. ne se taisent que lorsqu’aux vingt minutes le bus de la ville se stoppe exactement devant leurs chaises pour décharger quelques passagers. de ces voisins là on finit par savoir tout ce qu’on ne veut pas savoir, les insomnies, les valeurs, l’inconsistance, l’ennui, les routines, les potinages. s’ajoute à cette trame sonore qui m’est torture auditive celle de devoir saluer si jamais je m’extrais de mon cocon du dernier étage. alors j’attends que la pluie referme la parenthèse de son acalmie passagère. en fait je prie pour qu’il pleuve à nouveau. et deviens une misanthrope estivale…

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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