marcher — la pluie / juin II

proche de cette inutile désespérance de ne pouvoir rien contre la gravité. ce qui tombe tombe. la pluie. ainsi la main. ainsi le coeur que rien n’enterre. recommencer est une usure. peut-on s’abandonner dans la pluie des jours après avoir tant habité des lieux, dans une pensée expansatoire, par largesse et pour celle-ci. un seuil encore. se franchir, encore. quitter. des mouvements et des gestes. des silences. c’est comme de quitter une terre en friche, de jeunes labours, des semailles dont on ne saura rien des pousses et des croissances, ni de la sanité, ni des abondances.

léguer et quitter tout au bord de l’été des champs. des espaces. des espérances aussi. admettre cela. et tout admettre. entrer dans le boisé. je retiens l’envie de jeter un regard derrière, ma tête penche un peu à gauche, des parts de moi regrettent, des parts de moi se détendent. la contradiction parle de ce qui est vrai et de ce qui lutte. j’écoute. je fais un pas. j’écoute. je fais un pas. lentement. lentement je retrouverai le sentier du geste de seule dans la patience, il sera plein de ronces et de pervenches, envahi de tiges d’oublis. mais déjà j’entends mes loups, et mon coeur sait que je n’appartiens pas à la meute des humains.

j’aurais tant de choses à te dire… aurai-je seulement la patience de recouvrer ma parole, la mienne, mêlée de sang, de baies, de vents du nord, de fourrures sombres dans la neige, ma langue d’écorce rude, d’arbre nu tendu dans la lumière et la nuit du monde, saurai-je jamais rejoindre et ma rivière et ton lieu. tout est là, je sais que tout est là, qu’il me suffit de faire les pas, d’accepter, et j’ai beau vouloir tout quitter, j’ai beau choisir le renoncement que l’écrire reprend ma main toujours. chaque fois. et toujours. lui seul a cette fiance, il est mon unique constance et mon ciel.

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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