« la forme sait »

la forme sait, elle sait sa correspondance intrinsèque au discours. toute velleité d’imposition d’une forme autre à un discours donné corrompt l’intrinsèque du discours même et lui fait violence, tyrannie. l’écrivant ne sait pas la forme du discours. le rôle de l’écrivant est de la découvrir. pour ce faire, il retirera une à une toute les chemises de ses vouloir, déshabillera entièrement son agir, et nu dans l’écriture nue, ira vers cette inconnue pour la rencontrer.

l’écrivant pensera qu’il y sera prêt, et il ne sera pas. il ne le sera jamais. nul n’est prêt pour l’inconnu(e). malgré lui, il voudra faire comme il a l’habitude de faire, son vouloir voudra prendre et faire, le vouloir voudra contrôler et déplacer et ceci et celà, et alors le discours sera brisé ou tué dans sa forme intrinsèque. l’écrivant par vouloir voudra alors forcer et réanimer cette chose morte ; il poussera, déplacera, traînera ce corps, ce cadavre de discours, cette lettre morte, tout en ne reconnaissant pas cette mort là ni que son seul vouloir l’aura causée. cependant le vouloir aura bel et bien causé la perte de ce qui émergeait à peine, de ce qui affleurait la surface fragile de la mer du silence.

« la forme sait » toujours son adéquation au discours, elle ne contrôle pas puisqu’elle épouse. elle épouse la situation mauve de l’affirmation : la situation est mauve. elle embrasse cette situation mauve, elle l’a chérie. elle aimerait la partager et la faire connaître, la faire rencontrer parce que la situation mauve transmet quelque chose de parfaitement étranger, inconnu, neuf et autre, autre de différence et de subtilité d’un dire/écrire différent et subtile. et soudainement, la forme apparaît nue. nue de nudité réelle dans le discours nu, de nudité forte, forte de s’appartenir dans son entier. alors et seulement alors le discours est rencontré.


Extrait de journal 2015 — l’écrire, le comment de la nudification et du nudifiant = discours et forme

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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