[notes] de la résistance / dans l’imprécision

 
(où je poursuis ma pensée)
 

de la résistance :
 
 
«Rien n’est lisse sauf la manière dont les choses, les instants, les matières semblent glisser, se déplacer puis nous déplacer; rien n’est lisse, pas même la sensation du glissement entre un état et un autre. Ce qui transforme et nous transforme, ne serait-ce que par la perception, produit ou concourt d’un choc, d’un mouvement subit, vif, qui renverse ou bascule subtilement la relation que nous avions avec les choses, les instants, les matières et les êtres. Dès ce glissement perçu, nous nous trouvons dans la rugosité même du changement (parmi), nous nous trouvons dans la transformation de la forme, et si celle-ci nous demande et exige un ajustement étroit, senti, c’est qu’elle cherche et appelle une fluidité renouvelée, un aspect mobile – ou, à rendre à nouveau mobile.»
— voir « à propos » / trajectoires vers l’incertain.

 
 

de la résistance elle-même, nous avons un référent et des références internes à ce référent, des choses que nous lions entre elles dans la « moelle » affective et dans le tissus de mémoires. mais résistance contient énormément de notions, idées, concepts, valeurs, aussi l’entendement de « résistance » fait partie d’une olistique, ou si on préfère, est une partie d’un tout complet, et complexe. je me réfère à ce « tout » là, dans toutes ses dimensions/valeurs à la fois.
 
 

on a l’habitude de penser et penser l’être en tant que solide, on se réfère aux pierres ou aux montagnes représentant des immuables. hors, les pierres et les montagnes bougent, marchent, craquent, fendent, s’écroulent, fondent, coulent, si bien que la pierre ni la montagne ne sont immuables. immuable n’existe pas. alors, l’être, quand bien même il le voudrait, ne peut s’inscrire dans l’immuable, et parce que tout bouge et change à chaque instant et que l’esprit et le coeur se fatiguent des efforts à faire pour suivre ces « changeances », cette « vitesse luminique » qui nous charrie d’instant en instant, nous trichons. nous trichons en « cristallisant » des choses et des valeurs. nous y tenons très fort, nous nous tenons à. mais en même temps nous changeons, beaucoup et vite parce que chaque instant nous change, et alors, l’être se trouve changeant parmi des agrégats, et ses cristallisations — aimées, chéries — limitent de plus en plus les mouvements, la vie vive. la cristallisation d’une valeur x est une résistance à l’instant rugueux.
 
 

dans l’imprécision :
 
 

une notion extérieure venant d’une altérité autre avance un geste ou une idée. une chose étrangère. un corps de pensée étranger. ce corps étranger nous mobilise. ou nous percevons cela comme un danger et nous lui envoyons des « soldats » pour défendre notre position (comme dans notre propre corps), ou nous tentons de l’approcher et de la rencontrer — ou il y a rejet, ou il y a absoption/amalgame.
 
 

dans la proposition d’une approche, nous sommes devant une valeur inconnue , ni x ni y, une chose pour laquelle nous n’avons pas de référent, dans notre esprit mille choses bougent en même temps, idées, analogies, concepts, valeurs, toutes les échelles se superposent, notre esprit produit des formes résistantes à une « changeance ». nous sommes alors tout au bord d’une rugosité. nous nous trouvons dans un enchevêtrement de choses et cet enchevêtrement fait un flou sur la pensée, la vision. ce flou, c’est l’imprécision, un focus que nous ne pouvons pas faire pour le moment même si nous luttons et résistons au flou en tentant de formuler des phrases balises ancres marques dans la direction de « la chose étrangère à soi qui est entrée dans notre territoire ». comme l’esprit ne peut soutenir cette « défocalisation » bien longtemps, il arrive à l’instant très précis où il lâche. il s’arrête. ça ne dure peut-être qu’une fraction de seconde, et dans cet instant extrêmement compressé, serré, infime, notre esprit fait une chose extraordinaire, une chose toute simple qui ne pouvait pas se faire tant qu’il « forçait » à maintenir « sa forme initiale », une chose qui est un mouvement vital : il se renverse et/ou renverse le « corps donné » à sa résistance. le contraire de la résistance étant la poussée, l’esprit trouve, il rencontre (il se rend contre / il rend compte / rencontre).

le mot clef de ce qui est formulé/nommé là est : renversement.
et son référant prime est utérin : le (prime) renversement est le premier geste de vie, il est capital pour venir au monde, d’où la forme figurée de « venir au monde » de sa pensée, (trans)mettre sa pensée au monde ( de soi, des autres), communiquer.

 
 

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si l’être, le soi, est comme une maison, j’ai construit une maison qui inclue le mouvement, qui s’y adapte. une maison mouvante où il n’y a pas de murs mais des parois souples et changeantes comme les nuages sont changeants, des escaliers qui marchent et se déplacent, des fenêtres qui s’ouvrent comme les yeux s’ouvrent le matin. et comme chaque instant est un jour tout entier, ma maison y marche, et y respire.

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extraits de « mes intransmissibles » — journal
: suite des notes sur le diffus et le flou (hordes diffuses)

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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