— comme les heures passent

foison, pollens, herbes grasses. ors liquides écoulées dans une lenteur improbable. et voir au travers l’horrible tableau des apparences où tout court à sa perte. tout contre ce tableau, perce la misère des hommes, ce rêve d’un possible retour des passés, ces autrefois aux fantômes malmenés, imbibés d’une nostalgie épaisse, o cette lourde asphalte où s’user, alors que tout possible fuit du coeur ; du coeur, cette pomme sans pépin que rien ne croque et que tous jettent, pomme sans même un peu de la mémoire de l’arbre puisque pomme au vide parfait des nouveaux Adams, trafiquants de chairs, trafiquants de molécules à consommer et à penser sous-vide. le sous-vide comble du vide.

cette misère je la vois dans le refus de l’impossibilité des rebours, l’obstination au recul et à prétendre, et ces paroles aussi hâtives qu’élusives, bâclées de cette même bâcle d’assassinats malpropres. paroles tranchées à la va vite comme on mène les affaires parce qu’il faut vendre l’agneau et sa peau, à la va vite comme on ment sans grâce pour avoir raison, comme on se ment pour se croire. mais croire la valeur sans valeur, les portes-feuilles crasseux de magouilles, les dollars gras du pétrole, les dollars obèses de la chose. poisseux du sexe. les dollars avaleurs des avaleurs et complices de la mort.

vendues paroles. désâmées paroles. paroles des trahisons, putrescentes. creuses comme puits de forage, carrières, sables bitumineux. paroles de naphte à engluer, à suffoquer, à détruire le monde, l’homme, sa parole. mais à quoi bon ma colère. foison, pollens, herbes grasses où plongent les ors liquides de l’été neuf ; sèves et futurs, m’entendez-vous, il ne me reste que le silence à partager et ouvrir, le silence où j’entre. j’entre, eau profonde si profonde où parmi les algues dansantes et alanguies quelques pointes d’ailerons furtives émergent d’un instant et passent comme les heures passent et m’effacent en portant le signe ou le nom d’une pensée qui s’évanouit dans le léger sillage, petits remous à jamais insaisissables.

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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