demain, peut-être

journal (je n’écris pas)
 
 
j’ai séparé hier et aujourd’hui dans ma bibliothèque, disposé les carnets pleins à gauche et les carnets blancs à droite. je ne feuillette jamais que les carnets blancs. apaisant de silence autant qu’une grande plaine couverte de neige, le blanc des pages m’absorbe et remplit ma pensée, allège. me traversent des images de linge propre étendu dans l’herbe, de grands draps immaculés séchant sur le monde, une immense lessive pendant que les peuples s’affairent et fourmillent, entre labeurs et cris, entre baises et guerres, entre pleurs et feux. mes mains se crispent, les draps cristallisent peu à peu, ils figent des corps dans des poses aussi ridicules qu’ignobles, et dans la dérive de mon esprit, les draps se lèvent comme de hauts glaciers piquetés de corps et de corps, et de corps semblant de plus en plus petits. de la taille de fourmis les corps happés et sombres paraissent soudainement s’aligner. malgré moi je plisse les yeux tant j’ai l’impression de calligrammes indéchiffrables. puis je les ferme parce que je ne sais pas lire. je ne sais pas encore lire ce carnet. ma main referme lentement le livret à couverture de soie bleu-chinois et le replace. dans sa niche et la brume de ses signes, un livre dort. combien de temps dormira t-il, je n’en sais rien. il en va des livres comme des êtres, ils passent, ils dorment, rêvent beaucoup, et un jour ils nous appellent… demain, peut-être.
 

20130501-095749.jpg

Publicités

A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
Cet article a été publié dans écrivailleries. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour demain, peut-être

  1. catrin dit :

    petites notes explicatives :
    a) toujours dans l’optique des « rugosités » et dans la recherche de l’inconfort, le texte s’étrangle volontairement, écrasé par l’immense du plein que libère sournoisement un carnet vierge. chercher l’air et l’espace est un réflexe. placé dans un contexte qui paraît ouvert et blanc le paradoxe est-il criant et aussi criant que s’il s’agissait du noir et du néant ?

    b) il s’agit de la fameuse angoisse de la page blanche revisitée dans ce sens que ce ne serait pas à l’auteur de la remplir, mais plutôt, d’accepter être soudainement rempli de plein, et si rempli qu’il ne peut alors que le rendre.

  2. Christophe dit :

    Il en va de ses semblables comme de ses propres écrits : on croit les connaître, on croit les reconnaître, on croit les comprendre, mais…
    (de l’impossibilité de réduire ainsi le monde, dans quelques pages blanches en quelques signes noirs ou bleus… et en même temps, tant de trésors, de clés qui dorment dans ces cassettes de papier…)

  3. catrin dit :

    oui, et surtout ce sont les livres qui s’écrivent… je veux dire que l’auteur n’en est pas l’auteur, il est plutôt comme une sorte d’instrument traducteur ou un révélateur comme le bac où trempe le papier photo après exposition, et cet exemple photographique est le bon, je crois, l’image existait déjà, elle aura été captée et transmise : le livre existe déjà avant d’être écrit/capté et transmis.

    je ne sais pas si c’est l’impossibilité de tout transmettre quant à la matière du livre, ou si ce n’est pas plutôt une impossibilité à y être totalement disponible… ou les deux, je crois que c’est un peu des deux. et c’est drôle, toi tu dis « cassette » et moi je « peau », pour sûr, ce n’est pas la même approche, ni les mêmes sens capteurs ou récepteurs..

    Merci Christophe, merci d’être aussi attentif.

Réponse, avis, contre-avis, réflexion, écho, c'est ici:

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s