l’invitée

Violence …trouve toujours à s’incarner et peu importe ses moyens elle s’insinue dans l’être. L’hôte qui l’accueille tel un parasite pense faire bon commerce. L’illusion de la force est si bien ficelée, et celle de la supériorité si convaincante, qu’on ne s’aperçoit souvent que très tard — et trop tard — que ce qui agissait vers et sur les autres avait déjà agi sur soi. Ho, elle nous semble bien bénigne au premier abord, s’exprimant par brimades, quolibets, petits moulinets vexatoires, puis elle prend confiance en elle et devient plus féroce, voire dégradante, rieuse et féroce en même temps que de plus en plus froide, calculée, habile dans ses traits lancés exactement où c’est le plus…sensible afin d’atteindre au plus haut niveau du mépris. Violence, sous toutes ses formes, a la nature de ce lierre qui croît si vite et fort qu’on est porté à croire, et ce, dans le mélange de sentiments le plus parfait, que celle-ci avait toujours eu son nid en notre sein. Comme une maison recouverte et mangée d’ombres l’être s’assombrit, et les plus belles qualités se trouvent être dévorées ainsi que le serait la chair vive d’un rose poupon par un streptocoque pyogènes d’une extrême voracité. C’est que Violence est affamée! Elle se délecte de la moindre discorde.

Par où sera entrée cette chose immonde qu’on laisse faire, par quelle faiblesse, par quel mensonge à soi-même, et quels sévices vient-elle venger, de quel chagrin vient-elle prendre sa revanche? L’hôte de Violence, si tant est qu’il puisse admettre qu’elle ait force dominance sur lui, et pour si peu qu’il ait préservé une part vivante en son fort intérieur, pourra peut-être dégager une fenêtre, un pan de mur, mais devra sans cesse recommencer son labeur et tout aussi longtemps que les racines n’auront été brûlées, renvoyées ad patres. Quelle belle utopie! Violence au bûcher! Dans la tentative de cette tâche herculéenne qui commande l’acharnement le plus résolu et déterminé ainsi qu’une grande force de caractère — …après tout, pourquoi ferait-on tant d’effort à se défaire d’un tel aspect alors que celui-ci envahit toutes nos sociétés et tous nos âges, alors que ses adeptes courent sur le monde depuis des millénaires en répandant l’opprobre, la déchéance et la mort, infectant insidieusement nos liens les plus chers et jusqu’à nos lits? — un harassement digne de Sisyphe lui-même encourage notre furibarde invitée : « brûle-toi, brûle-toi », ricane Violence dans son lit, « fais-toi mal, mon tout beau, ma toute belle, alimente-moi, fais-moi grossir dans tes tripes, que je t’emplisse jusqu’à la gorge, laisse-moi grandir jusqu’à ce que j’éclate et te déborde, et alors comme le monstre que je suis, qu’enfin je me vautre! et qu’enfin je me repaisse de la beauté la plus pure et la plus fine! ».

[ Dis-moi que l’hôte n’est pas sa première victime, je te dirai que tu ne mens qu’à toi-même. ]

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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