entretien sur la poésie contemporaine / zeio

zeio
Re: lettre sur la poésie contemporaine française
vendredi 23/11/2012 23:33

« La poésie ne peut mourir que si l' »Homme » meurt puisqu’elle nait de sa profondeur émotionnelle »

Je crois que c’est une erreur.
Il me semble que la poésie est un enjeu d’écriture.
Ce qui naît de la profondeur émotionnelle, ça n’est pas la poésie mais la sensibilité. Il est possible de trouver un océan de sensibilité sans une once de poésie c’est à dire, sans une once de travail sur le langage.
Elle n’est pas dans un nuage teinté, un ciel brouillé, un cours d’eau ou sous un lampadaire.
Comme le disait justement Jacques Roubaud elle est dans le « face à face du poète avec la langue ».
À force de la voir partout, elle disparaît de son habitat primaire, soluble elle se dissout. Elle est partout là où il y a un potentiel de beauté et d’émotion. C’est à dire nulle part.

Mais il n’est pas facile de retourner une pierre qui est maintenant cimentée de telle façon sur l’inconscient collectif. C’est un des malheurs de la poésie aujourd’hui.

Pour contrecarrer cet état de fait, se distinguer du cours d’eau, du ciel brouillé ou du nuage teinté, les poètes vont dans une obscure opacité. Se réfugient dans une chambre froide, dont la porte épaisse et fermée présente ces quelques mots : « ATTENTION POÉSIE ».
Lesquels, disait Jacques Réda, ressemblent fort à un « SENS INTERDIT »…

La poésie, elle ne veut rien dire, mais c’est normal, c’est de la poésie !
Elle devient inaccessible, rebutante, ennuyeuse, confidentielle : elle est séparée de la vie puisqu’elle n’est plus lue.
La poésie actuelle n’existe plus que dans les rêves de quelques irréductibles, lesquels pour la plupart n’ont pas osé la déclarer morte, afin de naïvement croire à sa continuité. Mais qui, de fait lui ôtent toute possibilité de renaissance.

Publicités

A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
Cet article a été publié dans écrivailleries, parole, réflexion. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour entretien sur la poésie contemporaine / zeio

  1. gmc dit :

    « le poète doit laisser des traces, pas des preuves. » (rené char)

    CAP 0

    La poésie naît à chaque instant
    De ce même instant qui préside
    A l’essentiel et au superficiel
    Que ne saisit jamais la pensée

    Elle dit ou ne dit pas
    C’est selon la clarté de l’oreille
    Elle est la vie en plein coeur
    La balle sur laquelle ne figure aucun nom

    Jamais le poète ne se trouve
    Face à la langue qui l’enlumine
    Dans laquelle seuls des yeux embrumés
    Croient déceler un obstacle étanche

  2. catrin dit :

    il y a différents points de vue, qui ne dépendent que du point occupé…
    quant à moi, je préfère toute la phrase et ses espaces déployés, mais d’avantage, tout son contexte…

  3. Christophe dit :

    Je partage tout à fait ton point de vue ; d’autant que les mots « poésie », « poétiques » ont fini totalement galvaudés, vidés de leur sens. En notre siècle, la langue évolue très vite (because les médias, le net…) et tout le monde fait du copié-collé, la langue n’échappe pas aux phénomènes de mode.
    Je suis par contre encore – partiellement – attaché au but esthétique de la poésie, même si c’est très controversé par les poètes contemporains.
    La deuxième chose à laquelle je reste attaché en poésie c’est le génie de l’expression qui fait naître de l’émotion : car comment pourrait-on qualifier de poésie un écrit qui en serait dépourvu ? Sans être totalement un pro de l’avant-gardisme dans l’écriture, je suis d’accord sur le fait qu’il faut « chercher » de nouveaux modes d’expression, du moins chercher à se libérer de vieilles (traditionnelles) règles du langage, de nos langues…

Réponse, avis, contre-avis, réflexion, écho, c'est ici:

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s