Re/montée lente des mille visages

nous/coeur

nous/cœur affamés, dans la pâleur des chants neufs, petite lumière vacillante et cortège, et tous mes fronts dans mes mains – contiens-moi, mon âme, ne m’échappe pas – sous l’effleure de sel apprenons la rivière à la rivière au grand centre du corps traversé. nous lavons la cendre des cendres, par les yeux par la bouche, car nous brûlons dans nos bures d’une ferveur plus douce que le matin. toutes mains rassemblées dans le geste tendu et retendu, plient et déplient longtemps la psalmodie d’un impardonnable. nos corps nous déplacent jusqu’à chacune une pierre et entonnent plus haut plus fort les noms oubliés retenus cachés, les noms sourds d’un mal qui frappa chacune, plus haut plus fort jusqu’à ce que les noms sonnent comme mille marteaux sur mille enclumes, jusqu’à ce que le sol tremble, jusqu’à ce que les pierres s’écroulent dans la parole dite.

*

tombe – comme mon âme chante

au sortir des pierres mes corps tombent – je tombe, prends-moi dans tes bras, accueille ce que je fus, toi qui me nommes dans ta lumière et son chant, toi qui défais les fers jusqu’en mon sein. aujourd’hui je suis ta fille comme autrefois j’étais la mère de ton lait noir, aujourd’hui je suis l’enfant que jamais tu ne fus et tu libères la noire soif de ma chair, et sur ma joue et sur ma gorge, tu déposes enfin ton souffle – ô pardon ma petite, mon ange, comme je t’ai abandonnée et trahie dans ma colère et captive d’elle j’ai sombré – et milles visages tombent et se relèvent appuyés sur mes chacunes où m’enfances retrouve son regard. et comme mon âme chante en elles toutes, elles couvrent de sel leurs peines et boivent l’eau lente à mon interne visage.

*

et mille visages remontent et sourient

une à une dans le mouvement retrouvé de l’eau vivante se baignent se lavent, et déposées leurs armes s’effritent en fine moraine. le lit de l’eau devient blond et doré autour des corps recouvrés. une à une dans le mouvement retrouvé de l’eau déposent leur robe qui s’effritent alors, l’eau devient vive et emporte loin les miettes et les flocons. une à une dans la rivière jusqu’à la cuisse jusqu’à la taille, plongent soudain et éclaboussent jusqu’à ce rire scintillant comme l’or pur. éblouie une à une voient enfin le ciel du ciel dans sa couleur si transparente qu’elle coule comme l’eau coule, et ainsi, joyeuses et parées elles toutes redeviennent eau – rivière, ma rivière, toi mes sœurs et mes mères, toi ma fidèle, toi ma nourrice, sois vive et profonde, sois douce et ondulante, va ma toute et cours, cours sur le pays, lave et rince, abreuve mes contrées, que plus jamais nul n’ait soif, que l’herbe soit verte et souple, et l’arbre, chargé de fruits – et mille visages remontent et sourient.

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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