– à d i v

– [les choses dont nous ne savons rien encore]
– ( balance des 21 grammes)
nous est assigné à chacun et bien avant nous-même, un petit tas de pierres dont personne ne sait la provenance, un petit tas de pierres avec lequel nous jouons sans savoir jouer. nous jouons à même la nuit. pourtant la vie qu’on t’a donnée sait, elle, quand tu te fais un chemin ou une marelle qui va dans l’eau ou dans le ciel, si tu triches avec les mains dans ton dos, si tu troques ta bonté mine de rien pour un petit bateau. tu disposes les petites pierres sans t’en rendre compte, tu le fais toujours sans t’en rendre compte, c’est aussi machinal que de se frotter le bout du nez sur la manche. elle te regarde quand tu les lances très fort pour casser des humeurs de vitre, de mur, d’eau sale, de chien méchant.  elle regarde le petit tas de pierres diminuer très vite et très subitement. tu n’en vois rien jamais. trop tard tu t’aperçois qu’il te manque quelque chose.
__ __ _
tu avais compris un jour, un seul, mais de celui-là tu t’en souviens très bien. Il faisait une lumière de tableau profond avec la mer qui bouge un peu en longeant ce qui semblait être des arbres, une autre sorte de mer en fait mais c’est sans importance. tu vois. tu vois, c’est la seule chose qui compte. de ce que tu avais compris, cette clarté brève et inopinée, dans le tableau, mais dans ce qui reposait, étal, calme sans l’être, c’était l’image même de ce qui dort en toi comme un enfant ou un oiseau,  quelque chose que tu n’aurais jamais pu prévoir. ce jour-là je t’avais dit tu es lourd et tu m’avais répondu c’est le poids des petites pierres avec lesquelles la vie m’aura rempli.

__ __ __

vous-nous-je mais tu s’être rempli d’être par autant de pierres que de jours, pour recueillir un peu d’eau et boire et offrir, et ce poids le sens-tu toujours et toujours comme personne ne sent le ciel sur soi, et sans ployer, tu t’avances d’une pierre chaque fois, que tu rinces et laves, tries. puis se recommence ce même chemin mille fois parcouru parce que tu es convaincu, oui, convaincu de t’être trompé chaque fois. alors que tu te trompes encore de corps et de lumière, vous-nous-je mais toutes les pierres de ton corps se répandent dans d’autres corps comme poussières, l’eau de ce jour, et ce poids le sens-tu toujours et toujours comme personne ne sent le ciel en toi

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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Un commentaire pour – à d i v

  1. Catrine dit :

    Merci à Jean Marc Lafrenière.

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