passage : et comme le temps passe

ai-je cru si longtemps à l’importance des choses ? ce qu’elles sont pour l’un, ce qu’elles étaient pour d’autres, mais encore ce qu’elles me furent. mais quelle importance ? faudrait-il aussi que j’interroge des regrets ? ô mille et mille vieilleries me toisent et viennent pour me hanter et dès qu’elles s’approchent je les vois aussitôt s’effilocher. est-ce ainsi, laissant les choses aller, que se fait la distance entre soi et soi-même, entre ce que je fus et serai? et alors, écoutant la ville en été, le stridule des cigales, je me dis que tout ce qui  émerge dans ma pensée ressemble à ces nuages passant, que rien ne se fixe ni ne dure.

… si j’avais l’habitude d’entasser autant d’objets, de livres, de petits papiers que de pensées, d’entasser des mémoires et d’autres souvenirs comme dans un très grand grenier – il en faudrait des silos et des granges et quelle stature aurais-je ? – n’était-ce pas pour appartenir à ces petits riens, faits et gestes, alors même que riens, faits et gestes ne m’appartiennent pas ? mais appartenir ? à quoi donc appartiens-je ? ô mille et mille choses futiles babillent et susurrent et mille et mille choses incertaines me traversent comme les photons plongent et bousculent ces minuscules secondes et où il me semble être d’un si étrange tissus de files moirés et changeants dont le subtile du tissage, pour invisible qu’il me soit, est de m’effacer. à l’instant je m’imagine ce tissage en un large filet lancé dans le sillage des secondes et des minutes, à la pèche aux petits miracles, quelques gouttes de lumière aux reflets du moment seraient les larmes des poissons argentés et miroitant, si vifs qu’ils volent bien au-dessus du tressage ? que reste-t-il du jour dans ces mailles ? autant je regarde ce qui m’entoure, je me demande ce qui a une l’importance réelle, et me rappelle qu’autrefois j’écrivais dans un calepin ce qui devait être fait, puis dans un autre, ce qui passait dans ma pensée; aujourd’hui, ni l’un ni l’autre. le faudrait-il ? faudrait-il redonner aux choses des hommes tant d’importance, et le veux-je ?

le temps peut bien m’emporter avec lui parmi le monde et ses nausées, le temps peut bien tout me prendre – je souris parce que je n’ai rien, rien que mon odeur, des tissus fragiles, et des pensées semblables au vent d’été. est-ce l’insoutenable et le futile, vraiment ?

texte modifié 12-7-12, C.G.

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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