passage : de l’impatience

– Je suis incapable de lire de la poésie. Après quatre mois de bardassage sociétal où je ne mange que des articles et du politique du petit déjeuner jusqu’au soir, marche dans la rue, cogne la casserole, m’indigne et me colère, je suis i n c a p a b l e de lire de la saprée poésie; tout m’y énerve et la lenteur! bordel!! tout ça m’exaspère!!! Doctor, suis-je vraiment guérie, ou est-ce passager?

– Voyons madame, vous savez très bien que vous êtes atteinte de Poésie comme du petit mal d’ailleurs; prenez-vous en patience, cette accalmie est passagère et…

– Ha non!! Ha non alors! Il n’en est pas question, au rebut la patience! J’emmerde la poésie!

– Madame, soyez raisonnable, enfin… il vous faut reconnaître votre état…

– Mon état? Notre État, vous voulez dire! Doctor, vous ne comprenez pas ? J’avais, j’ai enfin cessé de me gratter, de me gruger, de me poser des questions existentielles, de ne vivre que dans le silence, de marcher toute la nuit dans l’appartement, de réécrire 20 fois la même section de texte, de répéter le même vers ou le même poème sur dix-huit tons et de trente-six manière, de…

– Mais non voyons, vous agissez exactement de la même manière que ce soit du poétique ou du politique, vos insomnies en sont la preuve, seulement, la différence est que ce qui vous occupe ne vous occupe pas de la même façon.

– Ha… Vous croyez ?

– Oui, tout à fait.

– Hé bien non, pas du tout, parce que figurez-vous que le si le politique est partout il en est de même de la poésie, les deux seules différences réelles sont que je n’écris pas le politique, et, que la poésie n’a pas besoin de nous, tandis que le politique nous réclame!

– Et vous, madame, que réclamez-vous?

Le Docteur, impassible, feuillette son agenda et ajoute sans regarder sa cliente: … Madame, la séance est terminée. Je vous revois la semaine prochaine, même jour même heure.

– Ha bon… Pourquoi ? dit-elle, fulminante.

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note: le docteur est fictif et la situation inventée, toute ressemblance avec le réel est purement accidentel.

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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4 commentaires pour passage : de l’impatience

  1. jmlafreniere dit :

    La rue telle qu’elle se vit à Montréal ne serait-elle pas la rencontre du politique et de la poésie ?

  2. Catrine dit :

    oui, oui tout à fait, et je le vis pleinement, mais peut-être suis-je trop engagée pour le moment, peut-être est-ce trop chaud (je parle d’indignation et de colère, je parle de ce sentiment de profonde et forte révolte…); aussi, puisque je suis petite-cousine de l’incroyable feu-Gérald Godin, que ses poésies sont encore brûlantes, je ne me sens pas le droit… tu comprends? ..je ne me sens pas le droit de me commettre vue la filiation.. pourtant j’y pense depuis très longtemps, j’y pense, à reprendre ce flambeau… bien qu’on m’ait (il y a quelques années) reproché une rudesse, une parole verte et coupante, des duretés… bien qu’on m’ait reconnu une même ténacité…

    http://www.tableaunoir.com/freepage.php?page=616&fb_source=message

  3. Catrine dit :

    …aussi, je suis (présentement) beaucoup plus dans l’agir; je me serai obligée à ne pas écrire pour « laver mes mains » du recueil qui arrive à l’automne.

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