je ne t’écris pas – 2

 
 
 
je ne t’écris pas, je te l’ai dit, l’hiver pauvre aura vidé mes mains, et c’est comme si elles n’avaient pas pu dormir, inquiètes toujours de cet arrivage chatoyant qui devait arriver, n’arrivait pas, n’est pas arrivé. elles n’auront pas pu s’oublier dans des songes cotonneux et blancs, enserrées et paisibles dans la chaleur moite des moufles qu’on enfouit au fond des poches par grand froid. rien pourtant n’est plus paisible qu’abandonner ses mains dans ce cocon, rien n’est plus salvateur que ce sommeil obligé par les grandes morsures. ainsi tenues alertes tout le faux hiver et durant, les voici anxieuses et fébriles, tendues vers des livres de Baricco qui ne les retiennent pas, des liens Internet, un lecteur mp3 qui ne joue pas la musique qu’il faudrait entendre, un i pod, un appareil photos, 10 carnets et combien de blogues à lire. ha! qu’elles me fatiguent. puis voici déjà le retour des grandes flèches dans le ciel, des grandes flèches qui fendent ce ciel d’Amérique du Nord comme si le nimbe polaire avait durci de glaces et de gerçures ce parallèle cette longitude, qu’il aurait fallu percer comme le bec des oisillons la coquille de l’oeuf. à grands cris dans le ciel transparent, reviennent les V sans vendetta de ce printemps 2012, tout juste pour ce nouvel équinoxe partageant également la nuit du jour. mes mains devraient courir, peindre, voler, pleines de sève, de vie, de printemps; mes mains devraient ouvrir le Faire comme bourgeon; mes mains que je ne sais plus tenir, et qui font du bruit comme des objets séniles, remuant des Inutiles en leurs cherchant quelque utilité, mais illusoire je le sais. et le silence, ce silence l’est-il? trompe-t-il encore quiconque par ses ruminations? les oies s’appellent, se parlent tranquilles. elles rangent leurs plumes leurs duvets, marchent; elles ne se penchent sur rien que ce qu’il leur est utile. que ne suis-je une oie! que ne suis-je cet arbre se gorgeant de sève avec autant de promesses de mains vertes à ouvrir! que ne suis-je la simple feuille! ou un mouvement de danse qui délie dans la lumière trop neuve du printemps et délivre du poids des avants. je ne t’écris pas. je regarde une avalanche qui n’existe pas, je hume le tourbillon des anciens amis que la sève étourdit, je contemple un tsunami d’aveux se jeter sur des pans de ma vie, tandis que débordent d’un grand bol bleu d’une profondeur virtuelle les piaillements des petits diables anonymes en cuisson dans leur propre jus, leur sauce aigrelette. je ne t’écris pas parce que tu as raison, ce qu’il manque, c’est l’amour.
 
 
 
 
 
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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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2 commentaires pour je ne t’écris pas – 2

  1. Serge dit :

    …une jolie oie alors !

  2. Catrine dit :

    (tant qu’elle ne manque pas de caractère loll)

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