(ébauche)/ne pas – suite

suivre mes pas/ne pas

puis le sentier blanc ne l’était plus. les intervalles des marches, tout l’effritement des hauteurs drues – mélange de sable, de craie et de moraine, mélange improbable frangé de brume, de clapotis étouffés – l’abrupt de la falaise semblait dissout et me laissait dans l’impression d’un mur tombé ou évanoui; espace largement ouvert, grève en pente douce ondulant imperceptiblement, tout d’un camaïeu pâle, sans présence autre que liquides et minérales. dans ce désert étrange j’allais, j’allais sans but, sans même l’idée d’un but, sans même le sens. j’allais simplement. et non pas comme on erre ou déambule froid ou distrait, mais concentrée et emplie des odeurs des nuées basses et dansantes, des carcasses enfouies qui se décomposaient, des ourlets de varech, emplie lentement des bruits doux du sol sous mes pas, du roulis de l’eau. toute imbibée du lieu. alors mon pied frôla une matière à la fois frémissante et souple. je m’accroupis, tendant les doigts. la couleur intense me captivait. alors il n’y avait plus de question ni d’angoisse: les corps que j’avais repêchés pendant l’interminable nuit du dedans, tous les corps sortis des eaux que j’avais lavés de pleurs et de mémoires, connus, reconnus et embrassés, sur lesquels j’avais chanter doucement comme le sang coule d’une plaie bénigne, sur lesquels j’avais murmuré des vies secrètes, pleines, ces corps ensevelis sur cette terre de nuit qui lentement venait au jour sans l’avoir jamais vu, produisaient cette respiration tant souhaitée et pour laquelle j’avais prié sans même savoir ce qu’était la prière. assise les jambes ouvertes, sexe et ventre contre les herbes neuves, la grève et la mer, la verdeur vivante et la lumière naissante reliées par mes membres recommençaient le monde.

il était six heures et le cadran sonnait.

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nota a : le désordre est volontaire

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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2 commentaires pour (ébauche)/ne pas – suite

  1. lutine dit :

    toujours autant de plaisir à lire ces voyages intérieurs, juste le « cadran qui sonne » qui me désordre

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