de la manie – l’orphelin

de lui personne ne veut et il faut sans cesse l’écarter.

je me suis demandée de longues années durant pourquoi presqu’invariablement – oui je l’écris ainsi et bronchez si tel est votre plaisir – une petite chose de rien du tout restait isolée, quelque penaude oubliure, en appartaid*. de fait et il me faut l’avouer, c’est que ces mêmes années durant je ne m’étais jamais admise que le petit rebut, l’orphelin semé à bout de champ, était à moi plus parlant que si lécher également le bout des sillons j’avais fait. mais l’usage me direz-vous, ce à quoi je répondrai: mais lequel donc, le vôtre? de toute évidence cet orphelin est le mien. il marche en bout de champ et y laisse ses miettes, une grimace, un poing menu et peut-être voudrait-il fendre un blanc de sillon, lancer une cravache en boutade ou lâcher cette bride que je retiens si serrée en moi-même… mais au plus vraisemblable il est ce nom que toujours je repoussai; l’orphelin est somme toute une orpheline laissée pour compte et portant mon prénom, et que cette nuit – où  dans vos pays pêle-mêles vous dormez à poings fermés ou vous éveillez à peine  – je regarde et reconnais, comme ma seule, mon unique, ma furibonde petiote à qui je tends la main.

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* joie de la dyslexie : appartaid/apartheid

note a: le plus curieux étant que sur le coup et souvent même plusieurs jours après, la chose me reste parfaitement invisible, d’où  l’usage habituelle de trois ou quatre correcteurs différents ( le fait que le mot passe au travers des mailles des correcteurs est un mystère que je n’arrive toujours pas à élucider) et d’où cet ajout-ci.

note b: ceci étant cela je ne peux que 1: m’enfoncer la tête dans un oreiller et hurler de honte et ne plus jamais rien écrire, ou 2: rire allègrement de moi, écrire le mot vingt fois de suite et ce, trois fois dans la semaine, sans aucune garantie contre la récidive.

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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2 commentaires pour de la manie – l’orphelin

  1. gmc dit :

    ORPHANITY

    Le bout du sein
    C’est la trace d’un sillon
    Condensé de lait de comète
    Sur le velours de la nuit
    Où s’abreuvent les jouvenceaux
    Qui palpitent en étendard
    Dans les reflets de la pluie
    Jouant au geyser
    Quand Diana Ross chante
    Upside down

  2. Catrine dit :

    ;)
    Upside down, donc!
    Merci!!

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