de la poésie

 

 

…ce qu’on en dit, n’a tout compte fait rien à voir avec elle. l’ennui c’est qu’on ne sait plus la laisser respirer. la sortir du coffre, ventiler la naphtaline. la sortir de la rue, lui enlever les aiguilles. la sortir du fleuve, détacher ses chevilles. ouvrir la fenêtre du salon… parfois on dirait un insecte devenu mat entre des pages jaunies. on en fait une relique, petit corps sec à force d’étouffement, et pâleur de se plier à tous les corsets d’Époque. certains la gardent en rayons, pensent sucer son miel ou l’embrassent tant qu’elle bleuit! d’être possédée et dépossédée la rend molle et fatiguée. est-ce qu’on ne pourrait pas lui foutre la paix.

parfois elle se sauve et vient à l’appartement. je la regarde discrètement. défaite et belle comme une femme que trop d’amours usent, elle s’étend sur le lit de jour, n’enlève même pas ses chaussures. je ne dis rien. je n’attends rien. elle se repose. après le bain, elle laisse de l’eau partout, puis je la trouve assise sur le rebord de la fenêtre, les yeux perdus je ne sais où, ni quand. je dépose une poire près de sa main, elle sourit, lèvres closes. et je sors marcher dans la ville…

 

 

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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17 commentaires pour de la poésie

  1. lutin dit :

    …..et elle te suit muette et les yeux grand ouverts

  2. lutin dit :

    l’ombre, la présence, la poésie ne sont-elles pas la même personne ?

  3. Catrine dit :

    tu sais, elle n’a pas besoin de moi…

  4. lutin dit :

    mais elle de toi :-)

  5. Catrine dit :

    la même personne? non je ne crois pas … elle n’a rien d’une personne, elle est au-dessus de ça…
    par contre je pense qu’ombre et présence l’habite ou l’habille parfois; poésie est plus que ces états là qui souvent se confondent avec sa peau (disons..pour poursuivre ma métaphore)

    mais je suis si maladroite que j’hésite à développer ma pensée, ici (ou ailleurs)

  6. Catrine dit :

    lutin/lutine, tu dis qu’elle est de moi… et vois-tu, c’est le contraire… c’est moi qui est d’elle (parfois)

  7. lutin dit :

    pour moi ils sont siamois, c’est donc de naissance

  8. gmc dit :

    EMPALEE DE L’INTERIEUR

    Les bouches d’incendie crachent
    Le sang ou la pluie
    C’est selon
    Comme le feu qui se transmute
    En eau minerale
    Ou en vent de pétales
    Dont l’ammoniaque effeuille
    Les langages tragiques
    Pour n’en garder que la saveur
    D’épuration et de génocide

  9. Serge dit :

    Ah non, ne pas lui foutre la paix ! Bien sur on se goure toujours quand on parle d’elle (la poésie) puisqu’elle est souvent dans l’émotion, le ressenti (toujours personnels et subjectifs). C’est un peu comme quand on veut parler de la musique ou de n’importe quel autre art. Mais la poésie, en plus des sons, des images, utilise d’abord le langage comme matériau et s’il est vain, sans doute, de vouloir la cerner par ce biais il n’empêche qu’on peut toujours essayer. Selon moi c’est même un peu le devoir de tout faiseur de vers, ça s’appelle réfléchir à sa pratique…mais ça n’est que mon petit avis !

  10. gmc dit :

    SANS REFLECTION

    Il n’est pas de faiseur de vers
    Le souffle seul les forge
    Comme à Murano
    Ou autres cristalleries
    Dans lesquelles le son s’entremêle
    Et se marie allègrement
    Suivant son bon plaisir
    Et les aléas des sillons
    Qu’il trace sur la mer
    En mandorles concentriques

  11. co errante dit :

    Bonjour,
    J’aime bien, par ici. J’y glisserais, en douce, les mots poésie (ou articles, si vous préférez, pas de problème :-)), calme et intelligence. Me découvre en lien. Et vous rendrais bien la pareille.

  12. Catrine dit :

    oui, de quelle façon ça me rejoint je ne sais pas mais c’est oui, et puis…
    « dont l’ammoniaque effeuille les langages tragiques » aarghh…
    merci gmc!

  13. Catrine dit :

    hahaAHAhaha je pensais bien qu’il y aurait un soubresaut et pour tout dire je l’attendais!

    Si tu me permets je suis en partie d’accord avec toi et en partie d’accord avec..moi; bien sûr « on peut toujours essayer » et c’est – « même vain » comme tu le dis – plutôt recommandable ce devoir de réflexion, cependant que « lui foutre la paix » allait vers une « maltraitance » qui lui est faite, dans le sens où de toute époque on a jamais autant écrit de « la poésie », on ne l’a jamais autant « aimée » la poésie, malmenée aussi, galvaudée itou, il n’y a jamais eu autant de « maison de la poésie », de recueil…et « on » y va « à toutes les sauces » – puisque ça ne va pas sans: « Pour toute chose il est un bien qui le conserve et un mal qui le corrompt » dixit Machiavel, dans Le Prince… et donc, « ici plus haut » il y avait ce sens de l’amour/mal-amour. Mais, je l’ai dit, je suis bien maladroite – je souris.

    Merci Serge!

  14. Catrine dit :

    (en fait et après coup, je réalise que « je sais très bien » pourquoi ça résonne) merci encore!

  15. Catrine dit :

    mais aussi… je pourrais changer c’t’expression « lui foutre la paix » par quelque chose d’un peu moins rageur/désinvolte… j’ai des hésitations (comme d’hab) :¬)

  16. Catrine dit :

    Bonjour et bienvenue, co errante,
    je vous en prie, glissez à votre guise: « la porte du jardin » est grande ouverte :¬) voyez, elle l’est toujours. C’est un plaisir que de vous croiser ici! Merci de votre passage et de vos mots.

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