ainsi la nuit

 

 

 

ainsi la nuit m’avait reprise et m’avalait une fois de plus. ni feu, ni repère, que le corps rêche et dru d’un cèdre, le craquant de ses mains rousses répandues au sol où je me couchai. en chien de fusil, épuisée de fascination, je ne pensai plus à rien sinon que j’espérais être encore au pied de l’arbre au matin, j’espérais une réalité concrète, ne pas m’être trompée ni de corps ni d’espace. j’espérais… je ne sais plus. la nuit. j’étais une enfant assoupie dans sa gueule.

 

confiance était assise auprès de l’âtre. d’une blancheur de lait crû émanant de ses mains toutes aussi blanches, elle semblait tisser un fil dont les mailles se faisaient d’elles-mêmes. l’étrange ouvrage changeait constamment de forme, évoquait tantôt une cote tantôt une aile, puis des lettres s’y dessinaient et disparaissaient presque aussi vite, si bien que tentée de lire je m’abstins de cet effort. quelque chose me disait que je n’avais pas besoin de lire sur le fil naissant ni sur l’ouvrage puisque qu’il se tissait en moi… confiance se mit à sourire.

 

dans mon cou, le doigt de quartz se remit à luire. à quel signe ou chant répondait-il? il luisait en vibrant légèrement, aussi je le ressentais plus lourd et bien plus chaud au moment même où il se levait jusque devant mes yeux. pensant que c’était là chose impossible, je cherchai confiance du regard: elle paraissait plus souriante que jamais. et plus je pensais que tout cela était impossible, plus le cristal brillait; et plus le cristal brillait plus confiance souriait. que devais-je faire? la question vint fendre les lueurs et tout s’évanouit.

 

dormais-je? regardant vers le sol, j’aperçus mon petit corps couché tel un foetus entre les bras-racines du grand arbre. d’abord je ne saisis pas très bien d’où je regardais, puis je compris sans comprendre tout à fait que confiance avait tissé une nacelle et que celle-ci m’emportait à la cime des arbres. mon corps semblait de plus en plus petit. je remarquai qu’il semblait frissonner «confiance, ma petite enveloppe, il ne faut pas qu’elle ait froid». mais je n’avais pas sitôt «pensé» vers elle que des renards s’approchaient en couinant drôlement, entourant le corps laissé, se couchant en y collant leur flanc. mon esprit se détendit, et alors je regardai le faîte de la forêt s’étendant tout autour, le ruban de route parcourue, le vallon laissé le jour d’avant, le chemin encore à faire demain. et n’avais-je pas déjà tout ce dont j’avais besoin.

 

rassurée, je rejoignis doucement mon corps et me glissai dedans. quelle étrange sensation de gravité et le battement de coeur, quelle resplendissante chaleur ressentie parmi les fourrures vivantes roulées dans mon dos, contre mon ventre, «quelle merveille que de n’être pas seule alors même que je ne peux l’être plus» pensai-je. et avec un sentiment de joie très certaine, je sombrai, résolument.

 

 

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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