la seule réponse

le rebours des pupilles

intangiblement, reculent les vasques parfumée, les flaques chamarrées de lumière, l’allée sous les arbres, les grilles du jardin; le chemin de pupilles se referme dans le regard que je ne sais pas regarder. l’allant revient lentement, détache ce qui doit l’être. il n’y a pas de brûlure ni de feu sinon que très profondément couvés, au fondement de toute chose. un bref instant j’entrevois une assurance, à la fois neuve et nouvelle. assise près de l’âtre de la demeure qui m’habite, elle retourne les braises avec calme. un bref instant elle me regarde. et son regard à lui seul est un sourire.

le temps du corps

il est temps de reprendre le corps. il est temps de reprendre la marche, le déplacement des membres dans l’espace et la matière, ce rythme des pas sur le battement de coeur. une embrassée est ce souffle plein dans une certaine épaisseur de l’air, où s’enroulent les odeurs d’herbes grasses et de menthe, de pommes blanches et d’agneaux. les parfums jusqu’au fond des poumons, emplissent mon sang et déplacent des poids, de sombres lueurs, et les effacent. léger, ce vertige au bord d’un bonheur, le sens retrouvé au milieu des robes de mémoires, quelque chose ressemblant à un sentiment solide installe au milieu du corps, un point d’équilibre; quelque chose comme un centre au centre des choses insuffle une force que je ne savais pas avoir.

la fonte des miroirs

tout en marchant, des miroirs fondent et coulent. des grands pans de noirceur se désagrègent et emportent avec eux les fers corrodés d’inquiétudes que rien ne semblait jamais pouvoir dissoudre. les vieux corps des soucis envolent leurs cendres dans le vent levé brassant les herbes folles et les arbres, ma pensée. voici que des murs tombent d’eux-mêmes et sans fracas pourtant qu’ils m’avaient tenue aussi durs et forts que ceux d’une citadelle imprenable. était-ce si simple, ne fallait-il donc qu’ouvrir un chemin et passer au travers des mirages, des illusions, comme on franchit une forêt d’ombres? était-ce si simple se quitter?

le voir véritable

la route danse en montant de surplombs en collines. parvenue au sommet d’un petit promontoire bordé de pierres des champs, des sauterelles se frottent dans un bain de soleil. je tourne mon regard vers cette croisée, cet arrêt si difficile et nécessaire. il n’y a rien, ni rue ni maison. rien. mon étonnement est d’autant plus grand qu’il n’y a que des bêtes qui paissent tranquilles dans les champs d’herbages et sous les pommiers. il n’y a qu’un ruisseau chantant près d’une pierre debout, un ruisseau,  environné de pervenche et de fougères, de menthe et de thym. il n’y a que la campagne chauffée de ce mois d’août où les blés blondissent en murmurant un long et doux concert sous la brise. il n’y a que des voix d’oiseaux, le stridule insistant des cigales dans l’été qui bientôt s’achève. il n’y a qu’un vallon vivant.

le voir senti

m’étais-je assoupie ou avais-je fermé les yeux? cependant c’est avec le sens certain de les garder grand-ouverts que je regarde assurance; assise près de l’âtre elle discute avec confiance. tandis que toutes deux tournent les braises d’un geste uni et calme, alors qu’un doute m’effleure puis m’étreint de ses mains moites, alors qu’une sournoise angoisse voudrait prendre forme dans mon ventre, assurance et confiance me regardent de leurs yeux sereins. la réponse, la seule réponse émane de leur sourire.

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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6 commentaires pour la seule réponse

  1. Florian T. dit :

    c’est intéressant cette marche comme elle délimite plusieurs pensées prises en chemin et notées quelque part avant de les sortir. parce qu’on a besoin de réaliser l’immobilité, avant ou après, respectivement le premier et le dernier paragraphe. on voit toute une construction, une progression.

    pour le voir véritable t’étais quelque part au bord de la méditerranée ou en californie ?

  2. Catrine dit :

    merci Florian, ça me fait plaisir que tu dises ça, par rapport à l’immobilité et la progression: je cherchais quelque chose approchant la manière donc on observe le cheminement de la pensée, de la conscience, le rebours, l’espace et le temps (des contextes fixateurs), la vérification pour valider/invalider, puis une compréhension, mais plus grande que ce qui avait été présenti (si cela était…), un regard neuf ou agrandit, en tout cas portant une différence, ou marquant cette différence..(bon c’était un peu l’idée dessous l’idée)

    pour « le voir véritable »… ce lieu existe au Québec (à peu près bien que le transpose dans un vallon), en fait il a du changer depuis dix ans… il se trouve au Mont White, tout près du lac Memphrey Magog; il y a là, dans la montagne un chemin marqué d’un quartz blanc de la taille d’un poing à environ tous les deux mètres – il est dans l’axe nord-sud, en y montant on rencontre un arbre à parole (il est fait de neuf corps soudées, les amerindiens s’y rassemblaient peut-être il n’y a pas si longtemps) puis plus loin une pierre, pierre-homme-femme (épaules, tailles et croupe, un dos) couchée dans la mousse; vers l’ouest une large cuve de pierres taillés très longues et plates, la cuve assez profonde pour un corps d’homme – on dirait un grand bain – a été construite à quelques mètres d’un ruisseau coulant plus bas, bordé, longuement de pierres taillées, d’une pierre haute (qui a peut-être été brisée), de pervenche couvrant le pied des pommiers, de menthe… un peu plus haut sur le mont, une esplanade et un muret en demi cercle en schiste taillé dans lequel s’altèrnent des poings de quartz blanc et des cylindres de quartz mauve, cet emplacement est marqué d’une pierre debout assez petite, elle porte une entaille sur le sommet pour le solstice d’hiver et un angle décalé pour l’équinoxe, c’est entouré de noyers noirs et de très vieux pommiers; puis vers l’est, il y a une seconde cuve un peu plus petite que la première, un petit dolmen marque ce que j’appelle la salle des cairns, il y en a une vingtaine je crois, peut-être un peu plus, chacun portant un quartz blanc à leur sommet, ils font entre 50 et 75cm de hauteur…ce chemin-là monte encore et ouvre une « porte » vers l’ouest (l’endroit à été un peu endommagé par des chasseurs…il manque des pierres à la « porte ») (un ami achéologue avait faire faire une datation au carbonne14 de ce que contenait un des cairns, ça donnait… 1800 ans.) le cite est Celte.
    je le visite souvent, intérieurement.

  3. Florian T. dit :

    je ne comprends pas, des amérindiens celtes entourés du chant des cigales ??? remarque ma proposition n’était pas possible à cause des fougères. si je comprends bien ce serait des amérindiens qui ont récupéré un lieu de culte celte dans un micro climat méditerranéen ?

    étrange.

  4. Catrine dit :

    ..on a des cigales, tu sais :¬) ben, elles sont peut-être un peu plus petites que les vôtres mais quand même! (pareille pour les sauterelles)
    tu dis « ce serait des amérindiens qui ont récupéré un lieu de culte celte dans un micro climat méditéranéen?» …ça pourrait ressembler à ça (sauf pour le micro-climat, bien qu’on ait des étés très chauds) ou peut-être était-ce une continuité, d’abord un partage puis une continuité… je pense que cette région à toujours été importante (elle est sur une ligne magnétique très forte) et les amérindiens y ont une montagne sacrée non loin (je ne retrouve pas son nom), montagne qui d’ailleurs a été peinte par Krieghoff (et apparemment elle aurait été sacrée pour les francs-maçons également – ha lala!) on peut voir ce tableau ici => http://artmight.com/Artists/Krieghoff-Cornelius/ds-cornelius-krieghoff-08-l-owls-head-and-skinners-cover-241496p.html

  5. Florian T. dit :

    je suis lié de près à la maçonnerie, on en reparlera plus tard.

  6. Florian T. dit :

    ah il est 6 heures plus tôt chez toi, bonne soirée.

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