le rêve sauvage

c’est la nuit. les mains agrippées à une odeur et à son foin souple, les yeux fermés très fort, mon visage est fouetté de coups humides. tout d’abord je ne reconnais pas les odeurs ni du foin souple ni des fouets humides, puis, je suis secouée, il faut faire vite, plus vite. j’ouvre les yeux. la joue gauche est dans la fourrure et la joue droite fouettée de feuillages et d’herbe, je dis « est-ce la bonne direction, tu es bien certain?» quelque chose grogne et feule et je ne ressens que la certitude. il fait jour.

je bouge la tête entre deux bras rayés qui courent et je souris. nous nous enfuyons dans la forêt tropicale. « tu savais que je viendrais te chercher, je ne laisserai personne te mettre un collier » me dit la bête. un bruit d’eau et on s’arrête. je me laisse tomber sur le sol et je ris, je dis « ils n’ont vu que du feu, ma parole! » le tigre rit aussi. puis il me dit « il faut reprendre le voyage mais à partir d’ici tu pourras monter sur mon dos ». nous repartons et les animaux nous suivent. je suis surprise, émerveillée par toutes les créatures qui m’adressent la parole et nous accompagnent. le tigre nous rappelle qu’il faut faire vite.

nous arrivons à la maison; la maison, c’est sous les racines d’un arbre gigantesque. quand j’entre dans la maison, les entrecroisements de racines forment des fenêtres triangulaires. les animaux qui nous ont accompagnés se tiennent silencieux tout autour. le tigre dit « il est temps », alors le coeur de l’arbre s’ouvre de l’intérieur, depuis dessous les racines maison, et c’est bleu blanc, un peu lumineux. « monte » me dit encore le tigre, mais le tigre n’est plus un tigre, c’est un homme très grand à la peau transparente, on dirait de l’eau. comme il n’y a pas de marche ni rien, j’ouvre mes deux mains et je suis aussitôt en haut, assise comme au creux d’une main. puis je me réveille.

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c’est la troisième fois que je fais ce rêve, mais le rêve ne m’avait jamais amenée plus loin que le plan d’eau.

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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