parenthèse panthère

ce moment, le moment du sourire est une parenthèse ouverte, bondissant soudain d’une forêt de visages. comment ne pas être ramenée dans ma présence autant que dans le souvenir enfouit, surgissant vivement parmi les bouffées de parfums aussi diffus que flous, parmi les tiges de gestes et des feuillages bruissant de paroles et chansons anciennes. ce ne sont plus les yeux, ouverts par l’étonnement bien plus que par le fait réel, qui perçoivent, mais toute la part jusqu’alors endormie qui se lève pour croquer instamment la moindre trace de doute. la moindre trace… de doute.

puisque une telle parenthèse existe, la brousse du monde moderne où je marche, les méandres fangeux et les cris néons qu’on y cultivent, tous les miroirs dont je refuse la mire, les troupeaux médiatiques qui nous nourrissent, l’énormité de la supercherie des bonzes économistes, les feux de leurs rampes jetés sur le monde plus habilement que des bombes, la tyrannie de l’urgence*,  tout cela effrayait-il la fauveté tapie de cette parenthèse panthère ? ne restait-il que ce sourire, ce sourire seul contre tous les maux du monde ?

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La tyrannie de l’urgence: (Les grandes conférences) 1999. Zaki Laïdi. aux Éditions Fides. Montréal. Bibliothèque nationale du Québec. ISBN 2-7621-2108-6

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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7 commentaires pour parenthèse panthère

  1. gmc dit :

    et ce n’est pas suffisant?^^

  2. Catrine dit :

    ..oui, peut-être que toute la question est là..
    merci, gmc

  3. Florian T. dit :

    il me semble que la panthère ne se laisse pas enfermer dans une parenthèse mais qu’elle déborde et qu’elle apporte elle aussi des maux. après il faut bien la délimiter pour la désigner : griffes au dedans, domptée etc. j’ai parlé d’une panthère dans un texte pour désigner la retenue je crois que ce n’est pas tout.

  4. Catrine dit :

    ha! oui, peut-être… mais je voyais la parenthèse comme les deux petits plis près des commissures quand on sourit, puis ce sourire, c’est la panthère elle-même, les dents immaculées dans sa nuit – l’esprit du sourire ( si tu veux) …quelque chose de sauvage, libre, quelque chose de farouche et rare, tapi dans l’épaisseur de la forêt ( la personne et la mémoire, si tu veux…) c’est… une histoire de contraste entre le sauvage et le civilisé… la part indomptée qui ressort, sort du cadre, justement… je vais me relire autrement, réfléchir… peut-être que j’ai fait une maladresse? (non la retenue, ce n’est pas tout…) Merci, Florian!

  5. Florian T. dit :

    je pensais qu’une panthère était absolument sauvage est que son côté civilisé n’entrait que dans le jeu de l’écriture, qu’elle subissait l’auteur pour le servir. bon on ne peut pas faire autrement.

  6. Catrine dit :

    ha! heu…civilisé, c’est le monde dans lequel on vit (ce monde objet-machine, économique, qui croit être le summum de la civilisation, non?) …la panthère est (peut-être) la part enfouie, une « sauvagitude » dans l’être… je ne voyais pas la panthère comme étant assujettie, pour moi, elle ne subit pas l’auteur, l’auteur la subit!! ( c’est un quelque chose de « trop vif », un quelque chose qui n’est pas maîtrisable…pas encore lol) mais enfin…comme je disais, je vais repenser à tout ça :¬)
    tu m’amènes des questionnements, c’est intéressant!

  7. Catrine dit :

    … mais en fait je voyais ce sourire sauvage comme émergeant de la part gardée de soi, une arme « blanche », cachée, (une lame-courage…?) dans le coeur pour passer à travers tout le reste, quelque chose de plus fort que toutes les déterminations, contraintes, extérieures,, l’aspect le plus vrai qui soit dans la personne… ou encore… une force un instinct qu’on ne sait pas avoir, qu’on découvre soudainement…une ressource parmi la ressource-forêt… (apparemment je cherche quelque chose…)

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