il n’y aura pas de repos

Parmi le harassement des exigences, celle de ne pas s’endormir en chemin, celle de ne pas s’engourdir les sens dans l’alcool du désamour, celle de ne pas fuir la douleur évidente, ni son feu violet quand elle pénètre, ni le vulnérable et sa nudité plus que nue plus que profonde;  celle de ne pas tricher, celle de rester seul à marcher seul, celle de rester debout alors que tout ce que tu portes voudrait se rouler en boule, se clore avec une perle dans la bouche, se cacher dans un sommeil huileux, ou enduit de frimas luisants, oublier comme un papier dans l’eau se délie lentement dans ses fibres, diluant ses encres;  celle de tenir toujours ta présence la plus entière possible sur un seuil neuf, celle de ne pas se jeter derrière soi, celle de laisser la peur ou la panique te traverser jusqu’à ce qu’il ne reste plus que toi, un plein toi, tremblant d’être encore vivant;  celle d’accepter que le sel coule de toi malgré toutes les réticences, celle d’être plus vivant que toutes tes morts cumulées de vivre, celle d’être aussi laid que beau, celle de tous tes contraires, celle de rester hors de la plainte et au-dessus d’elle, au-dessus d’elle à tout prix;  celle d’ouvrir ce chemin que toi seul peux ouvrir;  celle d’être une infime part d’un corps immense constitué de milliers et de milliers d’autres, celle de ne pouvoir jamais connaître cette créature un jour, il n’y aura pas de repos.

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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13 commentaires pour il n’y aura pas de repos

  1. Serge dit :

    Intimiste et très touchant ! Touché donc !

  2. lutine dit :

    j’ai lu comme sa recherche du yin et du yang, c’est très beau.

  3. Catrine dit :

    une force, une certaine force trouvée dans l’équilibre? je pensais à « rigueur », l’image que j’ai c’est « forêt des rigueurs » et en fait ç’aurait dû être le titre… tu vois, j’étais encore dans une forêt – ici les forêts sont parfois si denses et si serrées – je ne m’en sors pas :¬)
    merci Lutine

  4. Catrine dit :

    ! merci Serge
    ..pourtant j’ai fais attention :¬)

  5. Serge dit :

    …à quoi ?

  6. Catrine dit :

    tu me dis que c’est intimiste et touchant; pourtant j’ai fais attention, dans le sens où j’espérais avoir usé d’assez de retenu et ne pas manquer de tacte (je pense que tu entends ceci et le pourquoi de ceci..)

  7. Serge dit :

    Aucun pathos ni sentimentalisme outré dans ton texte, (je réponds à plus haut). Puis les ayatollahs du dépouillement et de la blancheur textuelle n’ont qu’à rester chez eux !

  8. Catrine dit :

    Merci, vraiment, parce que je trouve ça important ici, premièrement pour la cohésion du texte en lui-même, la cohérence du discours, et secondement parce que je pense que l’écriture doit être résolument au-dessus du pathos ou « du sentimentalisme outré » comme tu dis. Au sujet du dépouillement et de la blancheur, je pense que je n’ai pas donné ma place, je veux dire que j’ai fait beaucoup d’essais dans ce sens et j’en suis venue à me dire que ces formes ne sont que cela finalement, comme un ovale est un ovale; c’est une simple question de résonnances géométriques qu’on accouple ou juxtapose, plus on aura exploré, plus on aura compris comment fonctionnent les spatialités, leurs résonnances, et donc plus on acquiert de souplesse, de liberté (dans le mouvement d’écrire) – pour moi c’était un peu comme apprendre à faire du trapèze …je ne rejete rien :¬) (je ne peux pas, je suis née dans la blancheur)))))
    Ça me fait tellement plaisir que tu passes ici !

  9. Ile E. dit :

    Un tendresse en mouvement, une respiration précise qui ne se brade pas, un miroir de petites étincelles vivantes ; des mots en forêt de justesse. Un très beau texte Catrine.

  10. Florian T. dit :

    C’est un peu trops cohérent je trouve, il faudrait plus d’intrus et l’intru c’est une faute. Mais c’est très plaisant à lire.

  11. Catrine dit :

    ..merci beaucoup Ile (je suis touchée et je ne sais pas dire)

  12. Catrine dit :

    Bonjour Florian
    …trop de cohérence est-ce possible, vraiment? je réfléchis depuis plusieurs jours sur cette remarque, versus la poésie et versus la pensée (par contre l’intrus, il me semble que c’est plutôt ton jeu, non ? je me vois assez mal y jouer, mon chemin choisit, ma trajectoire, même incertaine, est d’éviter autant que possible de faire ce qui est fait, tout en ne me lassant pas d’admirer ce qui est fait) – c’est positif dans le sens que ce que tu me dis me permet de conscientiser : je pense être en train de passer sur un pont, changer de rive, en transit vers autre chose que ce qui est défini/prédéfini de *poésie ailleurs*, pour revenir vers ce sens mien-ici/hors-définitude, que j’avais quitté sans arme ni bagage parce qu’on m’avait dit que je devais le faire, et que j’avais quitté comme je me quittais – et je pense que cette cohérence est en mon centre, j’avais besoin d’y revenir comme on rentre chez soi se reposer, comme de réétablir un point précis, non de lieu, ni d’espace, ni de temps, mais de sens (dans le plus vivant du mot) avant que d’ouvrir …vers autre chose…
    il y a une dizaine d’années, je disais : *chercher l’essence et en goûter le sens* et l’inverse: *chercher le sens et en goûter l’essence* ; me revoici, je crois, tout près de *chez moi*

  13. Florian dit :

    oui tu as raison de me dire tout ça.

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