III – Ombre et la forêt

Non loin, des sentiers courent. Ils courent et s’entrecroisent, chemins de pleine vie, petites roulées des perdreaux, brillants sillages suivant la coquille à rayures jaunes de l’escargot des bois, cliquetis de tamias turbulents, urines âcres des biches. Les sentiers ondulent sous de hautes voûtes sans clé, cathédrales ouvertes jusqu’aux nues, et inspirent les brises élancées dont les grandes orgues écoulent des exhalaisons chargées du parfum crû des tiges, les essences capiteuses de résineux mêlées à ces embruns subtils de terreau, humide et noir. Les sentiers courent leurs veines entre les arbres, dans le ventre des pierres, les sentiers courent des branches dans le ciel, des racines plongées dans la terre. Autant de rivières sur le monde.

Soudain, il m’apparaît que toutes ces choses tiennent l’une de l’autre, l’une dans l’autre, que toutes ne participent que d’un seul et même dessin, comme en seul un corps. Un même corps que le mien, blotti dans l’ombre. Et comme je suis de ces sentiers, je les respire.

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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4 commentaires pour III – Ombre et la forêt

  1. gert dit :

    Wow ! tu m’épates… lâche pas.
    « Les sentiers courent leurs veines entre les arbres, dans le ventre des pierres, les sentiers courent des branches dans le ciel, des racines plongées dans la terre. Autant de rivières sur le monde… » Un délice !

  2. Catrine dit :

    ha bien merci donc Gerty, je suis plutôt un peu en questionnement autour de ceux-ci (textes) avec la peur bleue de donner dans le bucolico-trop-beau ou de tirer dans le métaphysico-lyrique alors que je désirais par dessus tout rester hors des étiquettes, écrire « propre » et laver ma tête – je ne sais pas comment le dire autrement – écrire avec les mains propres, ou laver de mes mains de leurs taches, comme les mettre en vacances de style, les sortir des habitudes ou manies, mais tu vois, juste le thème me colle sampiternellement aux doigts.. on dirait de l’encre aussi invisible que tenace ( me sortirai-je jamais de mes forêts ? ou sortirai-je jamais assez toutes les forêts de moi..? ) …Tu crois que je devrai bannir les forêts, la mer, la nuit, l’hiver, la neige, les pierres et les rivières de mon « territoire verbal » ?

  3. lutine dit :

    Des textes que j’ai aimé lire. Si tu bannis tout ce que tu cites que te restera-t-il à écrire, tu ne pourras même pas aborder le regard, car les yeux servent justement à dire ce que tu voudrais bannir, il y aurait donc encore tant d’autres choses à supprimer, jusqu’à la pensée. Est-ce le regard qui alimente la pensée ? ou la pensée qui alimente le regard, jusqu’à l’écriture qui s’en suit.

  4. Catrine dit :

    Bonjour Lut’ :¬)
    oui merci, et non, en fait je veux dire que.. je pense avoir un urgent besoin de renouvellement, devoir désengager ma main, dans la manière, dans le sujet, que c’est probablement tout l’abord de l’écriture que je dois refaire – afin de ne pas toujours et encore remettre ma patte dans les mêmes empreintes – ici je pense à « cercles parmi les cercles » qui est assez explicite. Cela tient peut-être un peu du commentaire assez récent que tu m’as fait (ailleurs) sur « petites chairs rouges et noires lancées dans l’eau », comme quoi j’aurais une signature sans signature. Je pense que cela tient aussi à une autre chose… dont je ne peux pas vraiment parler ici et maintenant…. mais qui commande un renouvellement, un renouvellement ou une réappropriation(?) …c’est une question d’évitement d’un éventuel épuisement de forme, de fond aussi surtout, surtout… Donc retirer des vocables de ma main, c’est un peu boutade à moi-même, boutade avec une pincée de sérieux en condiment!
    voili voilà, le pour et le quoi :¬)

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