décharge

nous marchons lentement
les chemins
affaissements longs
remuements des sacs cheveux des maisons

tous les corps
les espérés, amours tenues entre les côtes
petites choses amarrées aux tendons
ploient aux poignets
jambes
des gestes gardés territoires

des milliers d’aubes


je n’avais nulle idée à tresser une nasse et si grande que tout corps s’y tient comme pêché
dans une mer d’auras où sombres jaillissaient parmi décombres les filaments d’aimer

un sentier dessine l’envers du décors
poids squelettes mes inlâchés
chaque osselet nous prend à la gorge pour conter
amour
abandon
peur
et les retourne sur mes lèvres

je suis leur éléphant

*

*

*

tiraille
au trapèze et la pente essoufflée où je et nous grimpons
il n’y a pas de ciel
et qu’à mes pieds
ensanglantée
une gravité impitoyable


nous avons tant marché épuisement semble le soir enfin, s’asseoir et déposer tout le dos du monde,
ô mes maisons comme tu as faim, petit enfant que je console, moulin à prières, chants lancinants à somnambuler des arômes
et comme j’ai échappé vos parts pleurantes esseulées en des lieux hors nos corps que la fatigue mène à la mer,
je dépose, je dépose, je dépose, je dépose

les cheveux les petites dents racontent des histoires
comme trente-six yeux entre les murs
maisons qui ne se rallument pas
leurs voix parlent toutes en même temps
nous invoquons des foudres aussi grandes qu’amour
les huiles des mensonges enflammés se lèvent
dans un festin aux allures macabres
lèchent et se dévorent
tous nos ventres creux

*

*

*

des rires les larmes ont fait des flaques des miroirs
s’y lavent des poignets
rincent coupures

un seul et unique visage se regarde

il fait silence
comme soleil

assis sur la dune des ciels à perte de vue que cela
que cela
puis je
laisse s’envoler
les cendres
flocons d’autres

évanouis

*

*

*

je compte ses os dans ses mains
une corde vibrante chaque nerf
«aucune musique connue ne résonne ainsi»
et debout
surpris
debout de moi
dans le cercle de ma décharge
tracé grisaille mémoire
plus rien ne subsiste de
et que


ô ma poitrine comme tu brûles d’air, soudain mille lampions d’ardeur souveraine et mille petites langues vives me soulèvent,
lapent le vent ses couleurs me ravissent aux pâleurs des plaies laissent leurs chemises
ô ma joie neuve où m’emportes-tu

ici, nu
d’avoir lâché très lentement toutes les patiences

je regarde

le vole de l’oiseau

.

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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2 commentaires pour décharge

  1. gmc dit :

    FEELING SOLITAIRE

    Quand disparait la peur
    Des yeux sur la mer
    Les embruns se lavent d’eux-mêmes
    Et dans une pluie d’étincelles
    Réécrivent les paysages
    En plumes d’arc-en-ciel

    La mousson tropicale
    Dissout tous les murs
    La neige remonte
    Vers les étendues galactiques
    Tandis que se lève
    L’aurore des anciens temps

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