Lecture/trouvaille

Retrouvé en fouillant dans ma bibliothèque, où dorment quelques beaux livres offerts, reçus et aimés, je vous présente ce recueil singulier publié chez Triptyque en 1986. Son auteur est québecois, baroudeur et vivant, il se nomme Pierre-Yves Pépin. Il a publié des essais chez l’Hexagone, dont l’Homme essentiel suivi de La ville introuvable de l’homme perdu (1975), l’Homme gratuit (1977) puis l’Homme éclaté (1984), survient alors La Terre émue (1986) – dont je transmettrai ici deux extraits – puis fait paraître Le diable au marais (1987) [ bibliographie imcomplète]

voici:
[La Terre émue]
– tiré de la première section:
ce cri peut s’interpréter comme un chant.
page 21

[…]
Elle attire pourtant, cette vase… Quelles sont les raisons qui entraînent l’humain dans ces mornes parages sans relief, bouquetés de longs roseaux et de débris lamellaires? Où va donc ce grand sensible égaré, au cours d’années difficiles filant comme des traits de feu et de cendre vers le prochain millénaire? Couvre-t-il des desseins obscurs, morbides, envers lui-même et son espèce? Tout aussi bien, sa démarche est-elle le fruit de tropismes inversés, déviés?

Sinon, se souvenant confusément – bienheureuse trace atavique! – que marais et marécages, lagunes et grands deltas témoignent des genèses multiples et fécondes dont la planète Terre fut le théâtre et le siège, l’homme est-il en risque salubre de réjuvéner une âme malmenée à la limite, au sein glacé et coupant du «meilleur des mondes»?
[…]

– tiré de la seconde section:
quinze paysages à brûle-pourpoint
page 25

La lingerie arc-en-ciel

Les grands canaux du Nord pendant l’hiver de grisaille, de pluie, de crachin, quadrillent la terre spongieuse aux herbes flétries. D’interminables convois de péniches silencieuses et sombres surgissent d’une brume dense remplie de tout le mystère un peu fatigué d’une Europe depuis longtemps chevauchée. Les uns après les autres, contraints, orientés vers le fil de l’eau par les berges, les massifs transporteurs passent.

Le rebord de la fenêtre latérale du poste de pilotage d’une péniche vétuste est garni de pots de fleurs. Alors que lentement défile le paysage, la lingerie arc-en-ciel de la patronne sèche joyeusement sur un bout de filin et compose un carrousel à musique à vent.

extraits tirés de La Terre émue /59 pages
recueil/Pierre-Yves Pépin
chez Triptyque

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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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