Fubuki*

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je suis allée marcher, j’ai marché longtemps, je suis allée marcher, marcher dans la neige. il a neigé deux jours, deux jours et deux nuits, deux jours et deux nuits de blancheur laiteuse, deux jours et deux nuits de flocons en cotons, deux jours et deux nuits en duvets parfaits. presqu’au genou la hauteur de l’avance et dans l’air feutré les sons résonnaient ainsi des rires ainsi des chansons. l’espace a glissé, lentement glissé comme les heures des jours et celles des nuits. lentement glisse comme le battement doux bat résonne à l’oreille quand la tête posée au creux d’une aiselle on écoute immobile, émerveillé. l’espace a glissé lentement lentement ce n’était pas un rêve et pourtant rien ne semblait plus réel, je marchais dans la neige en montant le chemin et des enfants riaient. ce n’était pas hier ce n’était pas demain, ce n’était pas ici et pourtant nul ailleurs mais ce glissement certain comme le son dans l’air, le son continu du plus parfait murmure. les enfants riaient en courant dans la neige, la pente serpentait lentement lentement, ici c’était un champs où des touffes de roseaux ployaient sous de tendres dentelles, puis là c’était le bois où couraient le lièvre vif et le joli mulot. les enfants riaient, et soulevant à peine le bord de leurs grands chapeaux en cône, leurs yeux en amande brillaient le bonheur la malice et leurs rouges petites bouches chantaient plus fort  »Fubuki, Fubuki! hey Fubuki!! où vas-tu marcher encore? drôle Fubuki! » enroulée dans son manteau Fubuki glissait vers eux un oeil alerte et répondait » je vais porter Neige sur les montagnes sacrées et les temples, pour qu’elle puisse à son tour être exaucée dans son voeu, qui est de déposer partout où elle le peut, le sourire de la mer et le rêve de son amour ». et les enfants criaient et les enfants chantaient en se roulant dans la blancheur cotonneuse. les enfants rient et l’espace glisse, s’efface dans la blancheur comme la neige glisse lentement du ciel. lentement je marche dans la neige, il a neigé deux jours, c’est deux jours au mollet la hauteur de l’avance, je marche dans la neige et enfin devant la maison, je regarde en moi tout ce que j’ai vu et entendu. immobile dans la belle tourmente qui m’embrasse et que j’embrasse, je regarde émerveillée. tous les cristaux, les fleurs brillantes minuscules, les myriades phosphorescentes et leurs grands ballets. un blanc débordement. et mon coeur cogne et brûle soudain, parce que lentement je marche dans toutes les mers du monde, ici, déposées
 
 
 
 
 
 
 
* Fubuki : tempête de neige, en japonais
 
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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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Un commentaire pour Fubuki*

  1. Serge dit :

    Ce que j\’aime bien, entre autres, dans ce texte onirique c\’est la suppression de certains articles dans les dialogues qui lui donne son caractère vivant et délicieusement enfantin : "drôle Fubuki" ; "je vais porter neige". En Europe aussi Fubuki est déchainé ces temps-ci !

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