livre des ravages

pour Michèle Metni G.
 
 
 
 
un sentier en quatre temps, plus que je ne l’aurais souhaité, mais, je suis certaine, il lui fallait de l’espace:
 la descente, je la voulais à l’image des chutes lentes de feuillages superbes et mourants, à l’image des ruisseaux
caracolants et des marres alanguies; je cherchais la ‘teinte de l’odeur’ et la multitude d’images fragmantées, un alliage..
alors je trace le premier sentier dans la touffeur, l’état fougueux où précipité pêle-mêle
le souffle ou est-ce le sang je ne sais pas, je ne sais plus, sauf le geste, cet élan, oui, cet élan
 
il y a cet achèvement de l’automne, et ces ravages réels, ces duels
d’élans et de chevreuils, cette lutte ponctuelle entre rivaux, j’ai pensé l’autrefois, le gant jeté, l’orgueil, l’entêtement
certain, quelques traces dans la littérature, j’ai pensé encore un autrefois, et encore, la chasse vitale, la pulsion, le sang brûlant
et mêlé de temps et d’espaces, le même chez l’homme comme chez la bête, ce mêmement, juste ce mêmement 
le fleuret et les bois, dans la suite des accouplements de spores et de pistilles, ce moment où énamourée, la forêt capitule
 
il n’y avait que ces glissements de temps et d’espaces, de feuillures et de muscles, ces glissements de sèves, de sueurs
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
ravages
 
 
c’est dans l’effritement et sa lenteur d’arme que glisse et chuinte
une presque tristesse ou un ombrage à l’allongement des signes
une vasque au miroir tremblant  soudain entre grises griffures
qu’illuminent changeantes un balancement souples pervenches

d’entre les lèvres bleuies ne pâlissent nulle plainte que les ramures
brillantes de l’éclat fugace mais certain d’un roulement d’encolure
et comme la bête s’étire et plonge au remuant ébroué des ondes
s’élabore l’entonnement se murmure la charge pleine des nuées

gronde tremble alors l’étendue que sauvages des ruts ravagent
à l’enjambement s’ouvre et suspend à l’instant le saut du jour
l’arbre couché ne relève son corps roué des fouets et morsures
mille saisons accourent vêtues d’élythres de fougères et de cristal

que dessous leurs bruns et fauves manteaux aux si rouges tavelures
des hanches blanches à la matité de craie rusent une voix liquide
ainsi la myriade envolée que pareille à des grappes oranges
vrombit ténu lointain ramage salue d’un dernier stridule

un sillon invisible trace aux ventres chauds et fumants des fourrures
où les pluies de bois et de velours laissent patelantes des jeunesses
des écumes et des ors dansantes comme promesses belles d’amours
les jours vaincus des champs de lames aux trop mortelles étreintes

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
je ne voyais que des tableaux qui se supperposaient les uns aux autres, des encres sur papiers mouillés, du graffite, des dilutions 
puis affamée ou insatisfaite, ou assoiffée mais de quoi donc, je pestais : j’aurais tout déchiré si j’avais peint; je n’ai pas peint.
je suis allée marcher comme on marche pour ne pas faire autre chose, pour ne faire ce qu’on sait que l’on devrait faire 
puis comme une évidence ou quelque chose de trop simple, m’est venue l’idée que je ne devais ni rentrer, ni peindre ni écrire, ni rien,
 juste attendre. ainsi marcher, hors de la fuite, hors du but aussi, pour détacher pas après pas, foulée après foulée,
comme se lavent des humeurs à même la pluie, laver le tracé de parole que je laissais hors de moi, hors de tout souffle,
hors, sorti, lâché, comme on lâche une bête
était-ce parce que la densité me questionnait, était-ce plus que du doute, si j’avais peint j’aurais tout détruit…
je ne voyais pas, je ne voyais plus, les images de forêts et de ruts me mangeaient les yeux les sens, et j’ai marché comme on se soule
la pluie le vent , je voulais être dans la forêt, je voulais être dans la forêt et la ville m’éclaboussait, le vent fouettait les branches, et
les voitures suintaient la saleté, je voulais être dans la forêt, être de ce glissement réel, dans la moiteur de l’humus, près des ravages
 
la main du vent a fait battre mon foulard trois petits coups sur mon épaule, je me suis arrêtée net
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 15 novembre : – (re modelage)
 
 
 
 
 
 
dans l’effritement et sa lenteur d’arme
glisse et chuinte une presque tristesse 
ombrage
à l’allongement des signes
une vasque
au miroir tremblant 
soudain entre grises griffures
qu’illuminent changeantes
un balancement souples pervenches
 
d’entre les lèvres bleuies
ne pâlissent nulle plainte
que les ramures
brillantes de l’éclat
fugace
mais certain d’un roulement d’encolure
et comme la bête s’étire
et plonge
au remuant ébroué des ondes
s’élabore l’entonnement
se murmure la charge pleine
des nuées
 
 
gronde tremble alors
l’étendue que sauvages des ruts ravagent
à l’enjambement s’ouvre
et suspend à l’instant
le saut du jour
l’arbre couché
ne relève son corps roué des fouets et morsures
mille saisons accourent
vêtues d’élythres
de fougères
et de cristal
 
dessous leurs bruns et fauves manteaux
aux si rouges tavelures
des hanches blanches
à la matité de craie 
rusent 
une voix liquide
ainsi la myriade envolée
que pareille à des grappes oranges
vrombit 
lointain ramage
salue d’un dernier stridule
 
un sillon invisible
trace aux ventres chauds
et fumants des fourrures
où les pluies
de bois et de velours
laissent patelantes des jeunesses
des écumes et des ors dansantes
comme promesses belles d’amours
les jours vaincus
des champs de lames
aux trop mortelles étreintes
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
en rentrant quelques heures jours espaces plus tard, je n’avais plus les yeux remplis de tableaux,
dissipées, mes brumes n’étranglaient plus mon coeur, les chiens n’étaient plus ni a mon cou ni à mes chimères
à gronder féroces dans mes foulées perturbées – proches du cri – parce que la tension se pressait sur une idée une sensation incapturable,
je trouvai un cadeau tout débalé, une surprise ouverte, toute ouverte comme de grands yeux, un sourire serein et chaleureux
je trouvai le geste d’une amie lointaine, et tout soudainement, comme si la table était mise pour la fête ou un banquet joyeux
les signes s’étaient placés formant un nouveau dessein, un nouvel ordre, et le déplacement, le basculement léger éclaira bientôt toute la forêt
 
 
 
 
 
 renversement ( carnet )
 
 
 
 
 
  
aux trop mortelles étreintes
des champs de lames
les jours vaincus
comme promesses belles d’amours
des écumes et des ors dansantes
laissent patelantes des jeunesses
de bois et de velours
où les pluies
fumants des fourrures
tracent aux ventres chauds
un sillon invisible
 
un dernier stridule
lointain ramage
vrombit pareille à des grappes oranges
ainsi la myriade envolée
cette voix liquide
à la matité de craie 
que rusent des hanches blanches
dessous leurs bruns et fauves manteaux
aux si rouges tavelures
 
de cristal de fougères
vêtues d’élythres
mille saisons accourent
ne relève son corps roué
l’arbre couché
le saut du jour
se suspend à l’instant
l’enjambement s’ouvre
l’étendue que sauvages des ruts ravagent
gronde tremble alors
 
des nuées
se murmure la charge pleine
s’élabore l’entonnement
au remuant ébroué des ondes
et comme la bête s’étire et plonge
d’un roulement d’encolure
brillantes d’un éclat fugace
les ramures ne pâlissent nulle plainte
d’entre les lèvres bleues
 
un balancement de souples pervenches
illumine soudain
entre grises griffures un miroir
tremblante la vasque allonge
signes et ombrages
chuinte une presque tristesse 
dans l’effritement et sa lenteur d’arme
 
 
 
 
 
 
 
 
( note )
bus/métro 16 nov 009
..me laisse songeuse encore le renversement de toute cette page ;
quelle étrangeté fait en sorte que le sens ou l’essence du matériau s’allume, me combustionne une poêlée semblable ?
plus je fricotte moins j’y comprends et pourtant … l’étonnement est sans doute le plaisir réel de l’exercice..
(mon ami P-Y a bien raison quand il me dit que l’étonnement est le fil à ne jamais perdre)
 
ce n’est pas que le poème soit bon, c’est toute sa gymnastique intérieure avant le saut, avant le mouvement du crayon
avant l’empreinte concrète…mais l’empreinte n’est-elle concrète que lorsque je trace, ou depuis bien plus tôt encore..
peut-être est-ce un mouvement approchant celui des plaques techtoniques, sensible et invisible
peut-être la terre parle-t-elle plus au travers de nous que nous même ne parlons vraiment ?
… j’en reviens au phénomène et au noumène
 
toujours est-il que je suis prise avec le texte, à l’endroit ou à l’envers…comme à chaque fois
– laisser reposer puis extraire –
– réfléchir à la note de Bouvier sur la littérature
– ne pas oublier Virginia Woolf sur le banc du bus
 
 
 
 
 
 
 
 
l’objet qui obture et ma pensée et ma vision n’est plus un tableau, mais un boîtier de verre, un boîtier de verre aussi long qu’une tablée festive :
le papier vélum en feuillage presque transparent et légèrement bleuté se froisse sous le criptage dru et la saillie humide de l’encre de seiche,
des élythres semblent flotter parmi quelques restes de bestioles, de pétioles et de plumes, la terre noire grouillante de myriapodes et de lombrics
semble vouloir couvrir les corps des pages, laiteuses, auxquelles ne manquerait qu’un peu de sang sous une fourrure, et quelques baies
 
je vais marcher encore, et marcher dans ce noir de 16h30 qui enserre la ville, je vais marcher dans la nuit fauve de novembre, je vais marcher
la forêt me suit, d’aussi loin ou proche qu’elle soit je n’arrive pas à la distancer, elle murmure chuchotte, et ses corps debouts chantent et je n’arrive pas,
je n’arrive pas à fermer son appel, son recueillement, son cerceuil, cette nuit de presqu’hiver où je guette le retour de Neige,
où j’attends qu’Automne s’endorme, je n’arrive pas derrière mes yeux, je n’arrive pas dans mes mains, je n’arrive pas à l’idée de clore le boîter de vers
 
 
 
 
 
 
22nov009
( remaniement d’impatience ) sur les ravages encore
 
 
 
 
 
étreintes
lames vaincues
promesses
écumes dansantes
laissent patelantes les jeunesses
les bois et les velours
où les pluies fumants les fourrures
tracent un invisible sillon
aux ventres chauds
 
 
 
 
 
 
 
 
 
stridule           lointain
vrombit
une grappe orange
myriade envolée
dessous leurs bruns et fauves manteaux
aux si rouges tavelures
 
 
 
 
 
 
 
 
 
cristal fougères des élythres
accourent

l’arbre couché
le saut du jour

          suspend
l’instant
s’ouvre
les ravages
grondent
 
tremblent 
 
 
 
 
 
 
 
 
les nuées murmurent la charge

les ondes s’ébrouent comme la bête plonge

éclat fugace
les ramures pâlissent
une plainte entre les lèvres

 
 
 
 
 
 
 
 
les pervenches
balancent
illuminent  la vasque
allonge
     des signes
chuintent
des ombres
dans l’effritement
et sa lenteur

 
 
 
 
 
 
(note du carnet)
 
je m’impatiente, juste entre entendre l’ancienne langue, la langue d’un autre monde, écriture des autres aussi, sur lesquelles se compose une autre langue taillée lentement en des lieux que l’ancienne langue ne connaît plus, ne connaîtra pas, ne pourra peut-être pas survivre
il n’y a pas de livre pour la langue qui vient, il n’y en aura pas, il n’est pas d’enseignement parce que autre, autre et nouvelle
et puis, ce qui m’appelle et que je ne peux nommer parce que je ne le reconnais pas encore, de ne pas y être, pas encore, mais juste sentant poindre, comme on pressent sans rien pouvoir définir, porter sans pouvoir dire ni transcrire ou transmettre, que mon impatience seulement, et seulement mon impatience se dessine comme un toucher de forme dans un espace intensément sombre, ou asbtrait, et cette sensation étrangère comme savoir que l’on palpe sans que cette chose soit encore véritablement, ni dans la forme, ni dans la texture, ni dans rien… juste tenir,
peut-être faut-il juste tenir et laisser tout le reste se faire
 
 
 
 
 
 
nous sommes le trois décembre, hier Neige est revenue,
je n’attendais qu’elle pour fermer les yeux du livre des ravages.
Neige a apporté de la musique, je l’écouterai attentivement. aussi elle m’a suggeré de ne plus attendre
pour Novembre, elle m’a dit de sa voix fraîche ‘ embrasse-le maintenant, laisse-le partir ‘
je ne suis pas certaine, de temps à autres je jette un oeil aux fourrures pour voir si elles respirent encore les élans de forêt,
mais rien ne bouge, peu à peu les coccinelles perdent de leur teinte et de leur luissant
mes yeux vont et viennent, en suivant l’agonie des vers
 
mes yeux vont ailleurs
 
mes yeux regardent 25 petits tableaux intérieurs, vingt et cinq miniatures d’ombres sanguines et d’ondes
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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12 commentaires pour livre des ravages

  1. Catrin dit :

    …après une surprise, un cadeau, après suggestion d\’une amie, une très très mmgh :)je vais laisser reposer la pâte..

  2. Michel dit :

    C\’est curieux qu\’il n\’y ait que ton commentaire ici… Enfin, je ne suis pas à une curiosité près en Cybérie.

  3. Catrin dit :

    ha! il y a tant de …curiosités, en effettout est surprenant – je souris tout grand merci de ton passage, Michel

  4. Serge dit :

    Rien ne se perd tout se transforme comme dirait l\’autre. La pâte a bien levée et on commente les ravages poétiques de Catrine surtout que là on est gâté avec 5 textes pour le prix d\’un.

  5. Catrin dit :

    des commentaires : icihttp://forum.aceboard.net/177897-337-8839-0-ravages-essai.htm#vbsuis ouverte aux regards et aux suggestionsmême à l\’épouillage s\’il faut lolllllje vous *clind\’oeillise*

  6. Catrin dit :

    ha bon.. cinq pour un ?? tant que ça ! Serge…vous les lisez séparés? …me voilà encore surpriseje me demande où j\’étais, et encore, où je n\’étais pas quand j\’ai ..commis les *ravages*…d\’étonnements en étonnement, c\’est fascinantet merci vraiment

  7. Serge dit :

    Je m\’interroge ? Sont-ce nulle(s) plainte(s) le sujet de pâlissent ?

  8. Catrin dit :

    euhm..ne pâlissent que les ramures..? héhéhé les joies de la syntaxe et des inversions…zut..jenesaisplus..ça fait une semaine que je me tourne ça dans la tête ..voyons euhm… ne pâlissent que les ramures et nulle plainteoui? donc les ramures font accorder pâlirmais si on l\’accorde avec nulle plainte il faut réécrire, déplacer encore..non?

  9. Serge dit :

    Vous m\’embrouillez la têtête là, je vas me coucher et rêver de ramures qui pâlissent sans se plaindre…

  10. Catrin dit :

    l\’interrogation persiste-t-elle encore ?(et est-ce que le texte me demande encore d\’agir..?) – quelques jours et quelques nuits..je suspend le geste et poursuis la réflection

  11. Michèle dit :

    Catrine, je relis "les ailes closes" et attends ton nouveau recueil abouti. On pourrait se rencontrer bientôt, si tu veux, peut-être chez toi, dans ta ville où la neige s\’installe, ta ville qui est un peu mienne, moins mienne qu\’elle est tienne, mais mienne dans un sens…

  12. Catrin dit :

    ha! ça me fait chaud au coeur! ha oui! ce serait vraiment chouettese rencontrer dans la ville, qu\’est la mienne mais la tienne – je te souris tout grand..me fais grand plaisir

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