toute la pluie

 
 
 
 
je prendrai toute la pluie
les déluges
tous
pour noyer tes chagrins
 
je serai patiente
jusqu’a l’assèchement serein
jusqu’à ce que tu puisses voir
ce que tu n’avais jamais vu
 
je prendrai toute la pluie
toute 
la pluie
des mémoires
ses jardins anciens
 
oui sur le Mont là-bas
comme l’arche plantée si haut
comme des dérives lentes et parfaites
dans le calme si parfaitement calme après
des tempêtes nos éclats nucléaires
nos laideurs
que de lèpres sur un rêve – monde
souvenirs de ses jardins
suspendus
te souviens-tu
de livres brûlés
de peuples massacrés
les terrasses
les allées où le sang coulait
huileux
les mondes
où des mirages 
s’ouvrent
entre-eux et se fendent
à l’orbe s’effritent et disputent aux astres
des désastres de nébuleuses des chocs
de constellations
des ruptures de champs magnétiques
entends la fracture et la collision
écoute le Sagittaire
dans la mire et l’axe
les soleils se fracassent
 
dans ce ciel
et sous tes pieds
 
quand la terre pleure ton monde
 
je prendrai toute la pluie
les cyclones
tornades dans l’angle des changements
des épices comme des amorces
pour pimenter la chaudrée
des possibles qui mijotent doucement
si doucement dans le calme parfaitement calme
de cette pluie qui ne finit pas
comme des mains caressent fidèles
le front de l’enfant fièvreux
comme des lèvres embrassent
tristes
paisibles
les mourants
je prendrai toute la pluie
 
le long des côtes de ce corps
dans le tremblement de ton église
contre ton coeur
le long des côtes de l’autre continent
le long des berges ou d’autres lèvres
l’élongation des termes qu’une mer ou son absence ferme
dans ce silence que tu ne reconnais pas
dans cet espace qui n’existe plus que
sous le lit des fontaines de naphte
au creux du rugissement même des lames de lave
dans le rêve d’un autre monde
même 
droite volontaire je prendrai toute la pluie
les déluges
tous
pour noyer tes chagrins
je serai patiente
devant tes yeux
droite toute je prendrai toute la pluie
jusqu’à toi mon amour
 
 
 
 
 
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A propos 4ine

Catrine Godin vient de Québec où elle y a étudié les arts. Elle vit à Montréal, dessine, peint et écrit. En 2006, paraît un premier titre, Les ailes closes, aux Éditions du Noroît. Puis, paraît en 2012, Les chairs étranges suivi de Bleu Soudain, également aux Éditions du Noroît. En 2013 Catrine Godin est invitée au Festival International de Poésie de Trois-Rivières, elle participe au Festival Québec en toutes lettres en 2014 par l’entremise du projet Les oracles de Production Rhizome, puis en 2015, elle participe au projet Plus Haut que les Flammes, également de Production Rhizome. / pour + d'infos : mescorpsbruts.wordpress.com
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2 commentaires pour toute la pluie

  1. Fleur de mai dit :

     
    Intense et sensible…
     

  2. Morgan dit :

    Je crois bien être quelque peu éclaboussé par cette coulée de vers…
    Très beau.

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